Rumba congolaise : l’incroyable aller-retour entre Cuba et l’Afrique
By Jean de Dieu BOUKANGA
13 Nov 2020 - 09:06
Portée aujourd'hui par des créateurs de talent comme Fally Ipupa ou encore Ferre Gola, la rumba congolaise est un genre musical qui s'est développé au cours du dernier siècle, en empruntant l'itinéraire de la traite négrière à travers l'Atlantique.
Music in Africa revient dans cet article, sur les étapes les plus marquantes du périple.
La kumba ou la genèse du genre
Dans son ouvrage L’histoire de la rumba cubano-congolaise, paru en 2012 chez Edilivre, le chroniqueur congolais Clément Ossinondé explique que la rumba (celle cubaine en l’occurence) puise sa source dans la kumba, une musique dansante à 4 temps, pratiquée autrefois dans le royaume du Kongo, dont la capitale M’Banza Kongo ou San Salvador, se trouvait dans l’actuelle Angola.
Kumba est un mot kikongo (langue du Congo), qui désigne le nombril. Le musicien congolais Zao explique à ce propos, que la kumba se dansait autrefois par deux partenaires qui se frottaient les nombrils ; elle était exécutée dans des circonstances bien précises, comme la naissance de jumeaux.
[video:https://www.youtube.com/watch?v=RxkZ95PYcrM width:850 height:480 autoplay:0]L’exil à Cuba
Avec la traite négrière, plusieurs milliers d’africains sont déportés sur les côtes caribéennes entre le 16e et le 19e siècle. Loin de leurs terres, ils réussissent à préserver leur héritage culturel malgré tout, et dans les calbidos (petites associations entre noirs de même ethnie), ils perpétuent la pratique de la kumba.
Les maîtres espagnols remarquent alors le style musical avec ses harmonies et son côté festif, et ils déforment son appelation initiale en « rumba ».
Bien vite, cette musique se développe en prenant des influences latines, et se popularise à Cuba, l’état insulaire communiste des Caraïbes.
Le grand retour au Congo
Vers 1930, les marins cubains qui sillonnent les côtes africaines avec leurs cargots transatlantiques, rapportent des 78 tours de rumba cubaine produites par la firme EMI, une maison de disques britannique. Les morceaux sont appréciés du public africain qui s’y retrouve tout de suite.
Dans le bassin du Congo, la musique est si prisée que des épiciers grecs installent dans leurs boutiques, de petits studios d’enregistrement pour motiver les artistes locaux à la reproduire.
« Marie Louise », le premier tube de rumba au Congo, sera enregistré dans ces conditions par Antoine Wendo Kolosoy, un mécanicien de bateau.
Mais le plus grand hit qui consacrera le style à Léopoldville (actuelle Kinshasa), sera « Indépendance chacha », sorti en 1960 par le Grand Kallé et l’African Jazz, pour célébrer l’accession à l’indépendance, de la République Démocratique du Congo.
[video:https://www.youtube.com/watch?v=7zZyGkGN7Sw width:850 height:480 autoplay:0]
Luambo Makiadi propose un modèle de rumba
Les premiers tubes de rumba au Congo remplacent certes l’espagnol des cubains par du lingala (langue du Congo), mais d’un point de vue strictement musical, aucune différence n’est enregistrée jusqu’à l’avènement de Luambo Makiadi…
Compositeur et chanteur né le 6 juillet 1938 à Sona-Bata au Congo belge et mort le 12 octobre 1989 à Mont-Godinne en Belgique, « Franco » comme on l’appelait, a marqué une révolution dans la rumba congolaise, en introduisant des sebenes dans ses créations. Ces jeux atypiques de guitare et de batterie deviendront l’ADN du genre.
Pour beaucoup, Franco est le précurseur de la rumba congolaise sous sa forme que nous connaissons actuellement, même si Koffi Olomidé a développé après lui le tchatcho, un style de rumba adopté par beaucoup d’artistes au cours des années 90.
Les figures emblématiques de la rumba congolaise et ses principales variantes
Quand on parle de rumba congolaise, il y a des noms qui reviennent toujours. On pourrait citer à ce titre, des anciens comme Grand Kallé, Tabu Ley Rochereau, Zaïko Langa Langa, Papa Wemba, Mbilia Bel, Madilu System ou encore Koffi Olomidé. Fallly Ipupa et Ferre Gola sont les plus grandes stars du genre en ce moment.
Comme beaucoup d’autres formes musicales, la rumba congolaise a évolué dans le temps, pour donner naissance à plusieurs variantes ; c’est le cas du soukous et du ndombolo, bien connus au Congo et dans le reste du monde.
Danser la rumba, proclamée « patrimoine culturel national » au Congo en 2017, c’est définitivement célébrer des siècles d’échange entre l’Afrique et le reste du monde.
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