Stereo Africa Festival 2025 : Qu’est-ce qui fait courir Sahad Sarr et ses amis ?
By Lamine BA
15 Mai 2025 - 22:00
Tout juste clôturé le week-end dernier à Dakar, le Stereo Africa Festival a bouclé sa troisième édition dans une ambiance vibrante et avec un succès de plus en plus éclatant. Porté par Sahad Sarr et une équipe de passionnés, ce rendez-vous engagé pour les musiques alternatives ouest-africaines défend les voix marginalisées et milite pour une réappropriation des récits culturels du continent. Une aventure collective et politique qui interroge : qu’est-ce qui fait courir Sahad Sarr et ses amis ?
Dans une Maison de la Culture Douta Seck comble et survoltée, Daara J Family a électrisé la scène lors de la soirée de clôture du Stereo Africa Festival 2025. Autour d’eux, plus d’une quinzaine d’artistes de la région — du Burkina Faso, du Cap-Vert, du Ghana ou du Sénégal — ont offert dix jours de musique audacieuse et libérée. Une édition marquée par une fréquentation record : plus de 3 000 spectateurs, une couverture médiatique nationale et régionale accrue, et l’intérêt croissant des professionnels du secteur.
« On sent que le public est en quête de nouveauté, de sons différents, de récits sincères. Stereo Africa ne triche pas », confie Zoé Tibeghein, programmatrice du festival.
Lancé en 2022 par l’auteur-compositeur-interprète Sahad Sarr, le festival s’est imposé en seulement trois ans comme un espace de liberté pour les musiques alternatives ouest-africaines, loin des diktats du marché global ou des formats convenus. « En tant que musicien, j’ai longtemps eu l’impression que ma musique dérangeait, qu’elle ne rentrait dans aucune case. C’est de ce sentiment d’exclusion qu’est né le besoin de créer Africa Stereo », explique Sahad.
À Dakar, où le Mbalax et le Hip-Hop dominent largement l’espace médiatique, Africa Stereo affirme une position claire : celle de rendre visibles d’autres esthétiques, souvent ignorées ou sous-estimées. « On ne cherche pas à plaire, on cherche à être vrai. C’est cela que le public reconnaît et respecte », poursuit Sahad.
Le festival ne se contente pas de programmer des concerts : il porte un projet politique et culturel ambitieux. Réhabiliter les imaginaires africains, se libérer des cadres hérités de l’histoire coloniale, retrouver la confiance dans nos récits, tels sont les fondements du projet. « Nous avons hérité d’imaginaires qui ne nous appartiennent pas, souvent à un niveau inconscient. Il faut se décoloniser mentalement », insiste Sahad Sarr.
Cette volonté se traduit aussi dans la diversité des formats : jam sessions, masterclasses, rencontres avec des professionnels, projections et résidences artistiques. La « Woman Art Academy », lancée cette année, a formé une dizaine de femmes aux métiers techniques du spectacle. Le programme « Open Session » continue quant à lui de proposer, toute l’année, des ateliers dans les quartiers périphériques de Dakar pour sensibiliser les jeunes aux droits d’auteur, au booking ou à la régie.
« C’est la première fois qu’un festival me permet de jouer ma musique comme je la ressens, sans pression de format ou de performance », témoigne Marina Sanka, chanteuse cap-verdienne invitée cette année. « Le public était attentif, curieux, très réceptif. C’est rare et précieux. »
Cette édition 2025 a aussi vu émerger de nouveaux noms et des collaborations inédites. Des artistes comme Alibeta (Sénégal) ou Nelida Karr (Guinée-Bissau) ont marqué les esprits par des performances alliant musique, art visuel et prise de parole engagée. Une scène a même été improvisée sur la plage de Yoff, le temps d’un coucher de soleil musical qui restera dans les mémoires.
Porté par une équipe jeune et plurinationale — Sénégal, Burkina Faso, Mali… — le festival attire chaque année davantage de professionnels africains et internationaux. Il bénéficie aujourd’hui du soutien de partenaires solides, comme l’Institut français, le Goethe-Institut ou le Ministère de la Culture du Sénégal. Mais l’essentiel, selon l’équipe, reste la fidélité du public local.
« Beaucoup d’événements en Afrique s’adressent surtout aux réseaux internationaux. Nous, on veut que le quartier vienne, que les jeunes se sentent chez eux. L’art n’est pas un produit de luxe », insiste Zoé Tibeghein.
Avec Africa Stereo, Sahad Sarr et ses complices ne courent pas après la reconnaissance extérieure. Ils courent après une vision : celle d’une Afrique qui se raconte elle-même, dans sa complexité, sa poésie et sa puissance. Ils courent vers un futur où la création musicale sera libérée, respectée, transmise.
Et si, justement, c’était cette urgence joyeuse, collective et insoumise qui les faisait courir ?
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