Montassar Jbali réhabilite le mezoued tunisien
By Leila Assas
20 Fév 2024 - 06:25
En Tunisie, le mezoued, tout comme les autres musiques traditionnelles, a souvent été mal compris, soumis à des stéréotypes négatifs forgés par des prismes et idéologies préconçus. Ces préjugés ont conduit à une classification réductrice, reléguant ces expressions culturelles riches et authentiques à des catégories limitatives. Cette perception étroite a parfois obscurci la valeur artistique et culturelle des musiques traditionnelles africaines, occultant leur rôle crucial en tant que reflets de l'histoire, de la spiritualité et de l'identité du continent.
Néanmoins, des artistes visionnaires, à l’instar de Montassar Jbali, défient ces préjugés, ouvrant de nouvelles voies musicales qui illustrent la diversité et la pertinence continues des traditions musicales africaines, appelant ainsi à une reconnaissance éclairée et à une appréciation plus profonde de ces trésors culturels. Au sein des rythmes effrénés du jazz et des battements vibrants du hip-hop, une transformation musicale remarquable s’opère, propulsant le mezoued tunisien vers de nouveaux horizons sous la direction visionnaire du flûtiste talentueux, Montassar Jbali.
Jadis, empreint de préjugés exacerbés pour son caractère sulfureux, cette musique au rythmes dansant centrée autour de l’instrument du même nom (cornemuse) est jugée artisanale, organique et surtout exempt de puritanisme. L’intelligentsia tunisienne des années 70 et 80 fustige le mezoued, les mouvements religieux rigoristes s’en indigne. c’est ce que met en exergue le documentaire L’Art du mezoued, de Chamkhi Sonia, (Slim Amamou, Moustaches productions). C’est la musique des « enfants de l’exode rural » en mal d’amour. Il exprime « la rage des exclus, le désespoir des taulards, l’amour inconditionnel pour la mère et les blessures de l’abandon ou de la traitrise de la femme aimée. »
D’abord diaboliser puis affublé d’une imagerie folkloriste et désuète, il trouve aujourd’hui une renaissance inattendue, grâce Montassar Jbali. Avec sa maîtrise exceptionnelle de la flûte et sa passion contagieuse pour l’expérimentation musicale, il transcende les frontières conventionnelles. En fusionnant les sonorités envoûtantes du mezoued avec les nuances improvisées du jazz et l’énergie pulsante du hip-hop, il insuffle une nouvelle vie à un genre longtemps méconnu.
À travers cette symbiose musicale audacieuse, le mezoued se libère des stéréotypes et s’érige comme un ambassadeur intrépide de la richesse culturelle tunisienne. Présent dans diverses formations de jazz et de hip-hop, comme Erkez Hip hop, Montassar Jbali défie les attentes, démontrant que la fusion culturelle peut être à la fois puissante et subtile. Son art transcende les frontières géographiques et temporelles, créant un pont harmonieux entre les traditions ancestrales et les expressions artistiques contemporaines.
Dans ce paysage sonore en constante évolution, le mezoued, porté par les mélodies exploratoires de Jbali, s’épanouit dans une symphonie éclectique. Cette histoire musicale captivante révèle comment une réhabilitation réussie peut émaner de la créativité audacieuse et de l’ouverture d’esprit, célébrant ainsi la diversité culturelle tout en propulsant ce genre sur la scène internationale. Dans cet univers où les genres se mêlent et se réinventent, Montassar Jbali trace la voie d’une renaissance musicale, transformant le mezoued en une force vibrante et résolument moderne.
Cependant, malgré son influence grandissante, le genre n’est pas enseigné au sein de l’Institut supérieur de musique de Tunisie, où Montassar Jbali a obtenu son diplôme en musique arabe, soulignant le besoin pressant de reconnaître et d’incorporer la diversité musicale tunisienne. Cette lacune reflète la nécessité de réévaluer les canons éducatifs pour englober des genres autrefois négligés.
Au-delà des controverses, le mezoued tunisien, cette réhabilitation se distingue par sa capacité à transcender les préjugés et à conquérir des auditoires mondiaux redéfinissant son identité musicale. Il émerge, ainsi, comme un ambassadeur intrépide de la richesse culturelle tunisienne, dépassant les frontières géographiques et en déjouant les attentes, le mezoued témoigne de la puissance transformative de la musique, célébrant ainsi une renaissance rythmique qui transcende les limitations passées pour éclairer l’avenir de la scène musicale.
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