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Les difficultés et opportunités du musicien africain sur le vieux continent

In-House DRC

By In-House DRC

12 Août 2015 - 11:55

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Par Patou Nsimba

L’Europe n’est pas forcément l’eldorado pour l’artiste musicien africain qui s’y installe et y exerce son talent. En plus de chercher à convaincre le public européen sur ces œuvres, il éprouve des difficultés à obtenir son statut d’artiste et aussi à se produire sur les scènes du vieux continent.

Oumou Sangaré, l'artiste malienne se produit régulièrement en Europe (ph) World Zik

Le vieux continent  offre aux artistes africains  vivant sur son territoire la possibilité d’exercer leur métier. Mais il est important de savoir qu’en Europe, le domaine de la musique est un domaine complexe qui demande un travail de titan. De facto, il faut donc une stratégie et une bonne organisation pour réussir l’aventure.On se rend de plus en plus compte qu’il est très difficile à l’Africain, qui ne dispose pas de groupe d’accompagnement, ni de maison de disques, même pas de campagne de promotion, moins encore de support médias et d’aucun agent de booking, d’obtenir une ou des productions sur des scènes européennes.

Quelques rares musiciens africains émergent du lot, parce qu’ils sont parrainés par des structures qui regorgent de tourneurs, et une équipe managériale efficace. Sinon, il est difficile d’œuvrer de façon durable sans être accompagné d’une équipe forte et solide. De plus, les salles de production travaillent avec des professionnels, des managers qui se connaissent dans l’art d’Orphée. Tous travaillent en réseau. Toutefois, l’Europe dispose nombre de scènes où les artistes musiciens  peuvent  se produire.

Initiative

De nos jours, la grande partie de musiciens africains éprouvent  des difficultés  à  s’engager de façon privée : ils vont dans la plupart des cas livrer des concerts pour des petites et moyennes entreprises  (cabarets, discothèques, petites salles…). « Cette pratique devient de plus en plus importante pour les musiciens africains. Elle consiste à  remplacer les revenus traditionnels que sont  les grands concerts avec cachet et les droits d’auteur. Ce mode de fonctionnement est en train de prendre pignon sur rue », relate Piet de Coster, manager responsable de la structure musicale Via Lactea, basée à Tournai en Belgique.

Il existe trois sources de revenus pour les musiciens : les cachets artistiques, le droit intellectuel et les recettes privées. Il est à savoir que le droit intellectuel réunit les droits relatifs à la création intellectuelle. Grosso modo, la propriété intellectuelle est composée de la propriété artistique et littéraire (copyright, droits d’auteur, droits voisins) ainsi que de la propriété industrielle (signes distinctifs et créations utilitaires).

Les réseaux pour faciliter l’accès au marché aux Africains

En Belgique, le Bureau Alternatif de Management (BAM) qui se focalise sur les artistes africains en est un exemple. Il est une initiative de l’organisation Forum des Artistes Africains (FORA). Le BAM s’efforce de guider et d’encadrer les artistes musiciens d’origine africaine, de mettre leurs talents à la disposition des institutions et organisateurs d’événements. Cette structure artistique met un accent particulier sur les artistes musiciens qui veulent évoluer vers le secteur professionnel en Europe. Le Forum des Artistes Africains s’assure que les artistes acquièrent suffisamment de connaissances et d’expérience pour  opérer dans les milieux culturels et artistiques européens. Par ailleurs, il joue le rôle d’intermédiaire entre les artistes et leurs clients. Le FORA s’occupe du marketing et de la commercialisation des talents et produits des musiciens…

Dans certains pays d’Europe, les musiciens africains ont l’opportunité de solliciter et obtenir le statut d’artiste. Pour cela, ils ont la possibilité de bénéficier du même statut d’artiste octroyé aux musiciens européens. Mais les conditions s’annoncent très strictes. Il faudrait, pour ce faire, acquérir la nationalité d’un des vingt-huit États membres de l’Union européenne. C’est bien là la première difficulté que rencontre bon nombre de musiciens africains arrivés sur le territoire européen.

En  Espagne, le statut d’artiste n’existe pas. Les musiciens, africains comme européens, vivent de la débrouille. Ils sont contraints de  multiplier des concerts en diverses salles de spectacles, à défaut d’exercer un autre métier en dehors de la musique. Alors que dans certains États européens, le statut d’artiste est bien régulé. La France, la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne…. les pays scandinaves font partie de ce lot. Pour ces États, le statut d’artiste est  reconnu. « Je vis depuis une dizaine d’années en France. Un musicien africain peut solliciter le statut d’artiste en Europe. Mais rien n’est  facile, il est difficile de l’obtenir. Avec ce statut, il peut se concentrer à la préparation de la sortie d’un album, la préparation d’une tournée… Quand il ne livre pas un concert ou des concerts pendant une période, il peut être sûr qu’à la fin de chaque mois, il aura droit à un salaire », révèle Moussa Sangaré, musicien burkinabè, installé dans la région du Nord-Pas-de Calais en France.

La Belgique comprend différentes communautés linguistiques et culturelles. Ainsi la Wallonie et la Flandre regroupent plus d’une dizaine de clubs dans le développement de la scène musicale belge. Et chaque région dispose de salles de spectacles, qui ont  pour but de soutenir et d’accompagner les artistes dans leur démarche artistique. Le Palais 12, le Forest National, l’Ancienne Belgique et le Botanique sont les institutions culturelles les plus prestigieuses de Bruxelles, voire du Royaume de Belgique. Ces complexes accueillent des groupes de musiques aux styles variés. Beaucoup d’autres petites salles s’ajoutent sur la liste : le Hall de Schaarbeek, le magasin 4, le VK à Molembeek…. Het Antwerps Sportpaleis (Le palais des sports d’Anvers) est une salle de spectacles multifonctionnelle située dans la ville d’Anvers. C’est la plus grande salle belge de concert, avec ses 18.500 places.

On distingue deux types de clubs de musique en Belgique : le club circuit en Flandre et le club plasma en Wallonie. De surcroît, tout ce qui est de la politique des musiques actuelles en Wallonie est moins subventionnée qu’en Flandre. Le Royaume de Belgique possède sur son territoire une dizaine de labels indépendants spécialisés dans les musiques africaines et afro-caribéennes. Crammed and Associated est un des labels les plus connus. Il donne la possibilité aux musiciens africains de produire leur disque et de se faire connaître. Ce label indépendant couvre de nombreux styles de musique.

En  France, le réseau « Zone Franche » réunit toute la chaîne de métiers de la musique, de la scène au disque et aux médias. Il rassemble plus de 200 membres répartis majoritairement sur le territoire français, mais aussi dans une vingtaine de pays membres. Les musiciens africains résidants sur le territoire français bénéficient également du soutien de Zone Franche.  L’objectif des actions de la Zone Franche est de promouvoir, défendre les musiques du monde et les valeurs qu’elles véhiculent, en particulier par la protection et le soutien aux  professionnels  du réseau. Le circuit des petits producteurs indépendants reste le seul garant dans l’Hexagone de la pérennité d’une création musicale africaine. Dans le secteur phonographique, Lusafrica  est l’un des rares labels qui  s’occupe des musiques urbaines d’Afrique en  France.

Sur le plan du spectacle, il existe des initiatives intéressantes pour répondre aux goûts bien affirmé du public amoureux des musiques afro : Musiques Métisses d’Angoulême, festival et tournées Africolor, Festival Sam’Africa, Festi’Val de Marne, Festival l’Afrique à  Bagnols… La scène pop et rock est la plus dominante des scènes de musique du  monde en Europe. On y découvre des artistes de renommés mondiales comme Tiken Jah Fakoly, Sizzla Kalonji, Salif Keita, Staff Benda Bilili, Oumou Sangaré, Nneka Egbuna,Youssoupha, Alpha Blondy, Magic system, Amadou et Mariam…Ces artistes tournent régulièrement en Europe.

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Les festivals : développement de carrière des musiciens

« Depuis la crise dans la vente de disques, les festivals de musique naissent en nombre important en Europe. Au moment où l’offre est élevée, le cachet diminue. C’est ce qui pousse de plus en plus les promoteurs à prendre des initiatives afin d’organiser des festivals, tout simplement parce que  les cachets sont moins élevés qu’il y a dix ans », signifie Piet de Coster. La loi de l’offre et de la demande est l’un des éléments essentiels expliquant le fonctionnement de ce circuit artistique.

Suite à cette crise de vente d’albums, il est important  pour un musicien de récupérer le manque à gagner par le circuit des festivals. « Cette pratique ne concerne pas seulement les jeunes groupes, les gros calibres  sont également confrontés à ce problème de baisse de ventes d’albums et de piraterie renseigne Piet de Via lactea. Par conséquent, les artistes musiciens sont  contraints  d’obtenir un nombre de programmations lors des festivals », conclut-il. Un festival de musique est une manifestation artistique annuelle ou ponctuelle pouvant se dérouler sur plusieurs jours durant lesquels des artistes évoluent selon un programme ou une thématique définis. Ils sont généralement organisés pour promouvoir un artiste ou un genre musical.

L’été est la période propice à l’organisation des festivals. « Durant cette période, les grandes villes européennes sont inondées de festivaliers venus de partout dans le monde. Les mégapoles utilisent les festivals des musiques comme une sorte de city marketing  pour faire valoir leur entité auprès d’une foule en liesse. Les villes investissent financièrement pour la bonne tenue de ces événements », explique Thijs Vandewalle, agent booking du groupe musical Debademba. Le circuit des festivals est très important pour promouvoir et refléter la bonne image d’une ville. C’est  également un circuit dans lequel l’artiste africain a la possibilité d’obtenir des contacts et de se faire connaître au grand public, voire de vendre ses œuvres phonographiques.


Références
  • Interviews ressources : Piet De Coster, manager et responsable du label Via Lactea (www.vialactea.be)
  • Thys Vandewalle, agent booking et manager du groupe musical Debademba: (www.debademba.com)
  • Moussa Sangaré (musicien burkinabè, Tourcoing /France)
  • Zone Franche (le réseau des musiques du monde) : http://www.zonefranche.com/

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