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Commission nationale de censure: bête noire des artistes de la RDC

Walter Badibanga

By Walter Badibanga

24 Juin 2016 - 13:21

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C’est une sorte de police mise en place pour interdire toute œuvre audiovisuelle qui porte atteinte aux mœurs. Une chanson ou un clip vidéo doit nécessairement passer par cette commission avant qu’il soit  diffusé dans les médias.

Koffi Olomide pendant un concert. Photo: mgafrica.com

Comment sanctionne-t-elle des œuvres jugées « impropres à la consommation » ? Et pourquoi les artistes doutent de son efficacité ? Quelques réponses dans cet article.

La Commission nationale de censure des chansons et des spectacles (CNC) a été crée par le décret n°0003 du 21 février 1996. Son article 5 stipule que  « nul ne peut offrir un spectacle pour le public ou diffuser une chanson dont le texte a été modifié, ni procéder à son enregistrement sur disque, sur bande magnétique ou sur tout autre support destiné à être vendu ou distribué au public sans avoir reçu une autorisation préalable et écrite de la commission nationale de censure ou d’une cellule locale ».

 « Généralement, un support diffusé sans autorisation préalable de la commission de censure doit être saisi sur réquisition d’un membre du comité directeur de la dite commission » rappelle Prince Mbunga, un bloggeur de la RDC. Dans ce cas, la commision nationale de censure intervient pour interdire une oeuvre qui a été diffusée sans son aval.

Le flou dans certaines décisions

Une décision datée du 29 janvier de l’année en cours interdisait la diffusion sur toute l’étendue du territoire de l’album 13ième Apôtre de Koffi Olomide sorti en Octobre 2015. Dans un communiqué de presse, la commission accusait  l’œuvre de dépraver les mœurs. Et pourtant la même commission avait autorisé sa diffusion il y a quelques mois auparavant.

Le même artiste avait été reproché en 2009 par Godefroid Manzala, le Procureur de la CNC de « faire diffuser à la fois deux versions des clips de son œuvre (intitulée l’album du Patron). La version autorisée et celle qui a été interdite ». La commission avait également encouragé les bourgmestres de différentes communes de Kinshasa de faire appliquer cette décision dans les bars et autres espaces publiques.

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La réaction du chanteur ne s’était pas fait attendre. « Je trouve cette décision injuste et injustifiée. Je ne suis pas responsable de diffusion des clips non autorisés. Ce sont les responsables de télévision qui choisissent les chansons selon l’audience de leurs médias  » avait-il déclaré sur les ondes d’une radio locale.

Dans le lot des mécontents, en 2011, le chanteur reggae Zulu s’était dit choqué de voir son titre « Justice » être censuré par la commission, malgré l’autorisation obtenue pour sa diffusion. Sa chanson dénonçait la guerre à l’Est de la RDC. L’artiste s’insurgeait également contre les insanités des certaines chansons qui passaient en boucle dans les médias alors que lui ne dit que la « vérité ».

 Les avis sont partagés dans cette histoire de censure. Certains estiment que les artistes doivent respecter la loi et les décisions de la Commission nationale de censure. « La loi est claire, mais elle n’est pas respectée par les artistes-musiciens, qui font le contraire, en lançant des clips obscènes sur les différentes chaînes de télévision, qui diffusent ces images sans avoir pris en compte les décisions de la commission de censure, qui est la voie autorisée de tous les musiciens. » explique Prince Mbunga.

D’autres s’interrogent sur ses méthodes quand à infliger des sanctions aux artistes. « Pourquoi ces gens (commission de censure) là agissent toujours en retard après que le public a déjà pris connaissance des œuvres à problèmes ? » se demande une habitante de Kinshasa, la capitale congolaise.

Une mission délicate, mais pas impossible

Le gendarme de la censure assure faire correctement son travail en interpellant les artistes au «  respect de la pudeur et des bonnes mœurs ». Elle demande également aux musiciens d’avoir un bon sens et de ne pas prononcer des paroles obscènes pendant des spectacles ou concerts « live » .

Le 21 juin 2015, lors de la 34ème édition de la Fête de la musique, Banza Mukalay, ancien ministre de la culture exhortait les artistes à produire un travail de qualité et avait promis de renforcer la commission nationale de censure (pour bien traquer les récalcitrants).

Souvenez-vous des fameux « cris » des «  atalaku » (animateurs d’orchestres). « Kuanza (simba) munu awa, nge ke wa mukusa partout partout » de Wenge Musica Maison Mère (Werrason). « Ezo sua ezo sala pasi » de Wenge BCBG (JB Mpiana), la danse « Ya Mado » de Fabregas Le Métis Noir (censurée en 2015 par la CNC). Je vous épargne de tous ces charabias (à caractère sexuel et d’autres vantant les postérieurs d’une femme).

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La Commission nationale de censure a été un moment jugé incapable de sanctionner des chansons et des clips vidéo d’artistes étrangers  (Koffi Olomide avançait cet argument pour justifier la diffusion de ses œuvres qualifiées d’obscènes par la commission de censure). Et bien de ce côté là, la police de la censure s’est réveillée.

En décembre 2014, elle interdisait dans un communiqué « la production, l’enregistrement, et la diffusion de la musique coupé-décalé » en RDC. Pour quel motif ? « Assainir les mœurs et concourir à la campagne de la nouvelle citoyenneté au nom des générations futures ».

Des Ivoiriens ont vite réagit à cette mesure de sanction. Les DJs imposaient à leur tour un embargo sur la musique congolaise en Côte d’Ivoire. « La musique congolaise ne sera plus diffusée dans les maquis, bars, Night Clubs et discothèques de Côte d’Ivoire » annonçait le site d’informations Times24.info, dans un article paru le 6 janvier 2015.

Aussi, la vidéo du titre « Coller la petite » de Franko, un rappeur camerounais, s’est vue être interdite de diffusion au Congo Kinshasa depuis janvier 2016.

Le bras de fer entre la commission nationale de censure et les musiciens congolais n’est pas prêt de se terminer.

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