La musique populaire au Cameroun
By In-House DRC
16 Juin 2015 - 13:11
Par Frank William Batchou
La musique camerounaise regorge de nombreux talents et beaucoup sont encore inconnus du grand public. En dehors de quelques jeunes artistes qui réussissent à se frayer un chemin dans ce milieu, la plupart ont du mal à lancer une véritable carrière car malheureusement, ils offrent au public des chansons et des paroles de piètre qualité. Ce texte nous fait voyager dans l’univers musical de ce grand pays de l’Afrique centrale.
Etat de lieux de la musique populaire au Cameroun
La musique camerounaise a pris du plomb dans l’aile. Bloquant ainsi son évolution telle entamée dans les années 80 et 90. Les chansons et les chorégraphies sont moins travaillées et à la limite, obscènes ; du moins, pour la majorité des artistes. Un problème causé par des influences étrangères ainsi que des artistes locaux cherchant la facilité. C’est la raison pour laquelle, la musique populaire camerounaise connaît « une chute brutale avec des influences extérieures.
Les artistes ne veulent plus travailler. Ils adorent la facilité surtout avec la prépondérance des ordinateurs. La plupart possèdent des home-studios donc, ils peuvent directement enregistrer à la maison et ne veulent pas recevoir de conseils parce qu’ils pensent tout connaître. Les rythmes locaux sont tellement influencés tel point que les anciens n’arrivent pas à les suivre », explique Blaise Essame, ingénieur de son. On note également que les artistes locaux s’inspirent du style vestimentaire des musiciens internationaux et exhibent souvent des tenues considérés trop légères dans la culture locale.
L’essayiste camerounais Jean Maurice Noah dans son livre Le bikutsi au Cameroun sorti en juillet 2004 décrit ce genre musical comme des textes suggestifs qui parlent principalement de sexe, de jalousie, de ragots et des rapports conflictuels entre hommes et femmes. Depuis plusieurs années, le bikutsi est fort populaire dans la partie centre, sud et est du Cameroun, suivie du hip-hop.
Cet état des lieux de la musique camerounaise, a poussé Florence Tity-Dimbeng, agent artistique et producteur de spectacles, à déclarer dans une interview que cette musique camerounaise est « malade de son identité. Elle ne ressemble à rien. C’est du copiage de ceux qui l’ont copiée. Elle ne donne même pas envie de danser ! ». Florence Tity-Dimbeng regrette qu’un « pays comme le Cameroun qui a tant de potentiel artistique, n’a même pas de conservatoire ! ».
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Chanter et danser aux rythmes des différentes cultures
En dépit de tout cela, on peut avoir un autre regard sur l’évolution de cette musique. Pour cela, Il faudrait la prendre par secteur ou aire musicale. « Sur ces dix dernières années, chaque aire géographique camerounaise a eu son heure de gloire musicale. Le Littoral avec le makossa, l’ouest avec le ben-skin et le centre, l’est et le sud avec le bikutsi. Seul le Septentrion n’a pas vraiment de style propre.
Ce n’est qu’en faisant ainsi qu’on pourra faire une véritable critique musicale des musiques populaires camerounaises », croit fermement Théodore Kayese, critique d’arts. A ces grands rythmes, il faut ajouter un genre qu’on appelle afro-fusion et surtout le hip-hop qui est fort apprécié par la jeunesse. Le hip-hop s’impose sur la scène musicale nationale et même au-delà, grâce à des artistes tels que Krotal, Gasha, Petit-Pays, Stanley Enow, Kareyce Fotso, X-Maleya, Sanzy Viany, Charlotte Dipanda, Mani Bella. On peut citer notamment Papy Anza, Tizeu No Name Crew, Jovi, Duc-Z, Sine, One Love, Guy Michel Kingue, etc.
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Le Hip-hop local à l’assaut du monde
La compétition dans ce milieu est rude car le niveau est de plus en plus élevé. Les stars du hip-hop camerounais tentent de rivaliser avec les grandes stars des pays tels que le Nigéria, la France ou même les Etats-Unis. Le ton a été donné en 2008 avec Sine, lorsqu’il remporte le concours Africa Star. En 2010, le rappeur Krotal a participé à la compilation officielle des musiques de la coupe du monde de football en Afrique du Sud. Stanley Enow, depuis 2013, fait le tour du monde avec son single Hein Père raflant au passage plusieurs récompenses nationales et internationales comme le Best New Act et le Best Africa Revelation respectivement au MTV Music Awards 2014 en Afrique du Sud et aux AFRIMMA aux Etats-Unis. Le groupe X-Maleya a fait salle comble à l’Olympia de Paris le 14 septembre 2014. Une grande première pour ce groupe camerounais basé au pays. Il faut également noter la naissance d’une nouvelle génération d’artistes de scène urbaine tels Daphné, Locko et Tenor, qui ont signé chez Universal Music Africa, la branche africaine du géant Universal Music Group.
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Malgré ce constat positif du hip-hop au Cameroun, Bonas Hanson, producteur de hip-hop est convaincu que « le hip-hop camerounais est en baisse. On n’a plus de producteurs et de diffuseurs. Il y a un manque d’organisation dans le secteur et une grande ignorance du milieu par la plupart des artistes qui s’y lancent (…) quelques rares artistes essaient de sortir la tête de l’eau mais pas pour longtemps ». Malgré tous ces problèmes, les artistes hip-hop camerounais sont décidés d’aller à l’assaut du monde.
Le bikutsi, un genre musical considéré par beaucoup comme obscène
Ce rythme devient de plus en plus populaire. Cependant, il est fort critiqué à cause de son contenu. Tout ou presque tournent autour du « ventre et du bas ventre » comme chante Lady Ponce, ce que déplore l’artiste Véro la reine. « Si les producteurs et le public obligent les artistes à chanter de la pornographie pour mieux vendre, qu’adviendrait-il de la vraie culture béti ? Aurions-nous encore du respect pour notre culture ? Aurions-nous encore le respect pour nous même ? Aurions-nous encore du respect pour le reste du monde ? Est-ce vraiment comme cela que nous voulons vraiment montrer et représenter le Cameroun au monde entier ? Est-ce cela la culture Bantou ? » S’interroge-t-elle avant de conclure : « Tous les pays développés ou les pays émergents mettent en valeur leurs cultures ; c’est le cas de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des Etats-Unis, de la France, de l’Autriche… Je suis pour ma part convaincue que le Cameroun ne pourra pas se développer si nous ne revisitons pas nos valeurs bantous et si nous ne mettons pas en valeur nos musiques traditionnelles y compris le bikutsi ».
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Le makossa, le ben-skin et le mangambeu, des genres en perte de vitesse
En dépit des efforts d’artistes tels que Marole Tchamba, Pierre Didy Tchakounté, Saint Bruno, Ben Decca, Sergeo Polo, Sam Mbende etc. le makossa, le ben-skin et le mangambeu semblent essoufflés aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger alors qu’ils furent très populaire dans les années 80 et 90. Bien que remixé par les DJ pour lui redonner un souffle nouveau, ses musiques peinent à prendre un nouvel envol selon Patrice Noella, animateur radio. Selon ce dernier, les artistes devraient davantage travailler pour reconquérir le cœur du public. Beaucoup reste donc à faire pour redorer le blason de ces trois genres musicaux qui caractérisent le Cameroun.
Assiko : de la danse de guérison à la danse de fête
La relève est vraiment pénible depuis le décès des artistes tels que Samson ‘chaud gars’ et le guitariste Jean Bikoko Aladin. Les efforts des jeunes tels qu’Olivier de Clovis Bonga, Aladine Bikoko, Fleur Devault, Kristo Numpuby, Paul Balomog… ne ressuscitent malheureusement pas ce rythme patrimonial des tribus Bétis et Bassas. Jadis exécutée lors des séances de guérison, cette danse est musique est devenue une musique festive jouée avec la guitare, des percussions traditionnelles, et de nos jours, des bouteilles vides frappées avec un objet métallique. L’Assiko qui a pratiquement cédé sa place à un autre genre appelé makounè. Seulement, les deux rythmes sont en quête d’un souffle nouveau pour une nouvelle expansion nationale voire mondiale.
Le timide réveil des musiques sahéliennes
Les musiques de cette région essaient, depuis une dizaine d’années, de sortir de leur léthargie. Saidou Mohamadou, promoteur et animateur culturel du nord du Cameroun explique dans une interview qu’« on ne peut aujourd’hui envisager un concert sur certaines étendues du territoire et même au-delà sans la présence d’artistes originaires du grand nord. Les artistes de cette région du pays imposent un rythme au point d’être invités pour des duos avec les artistes de la partie méridionale du pays. Il n’y a pas de vrai concert sans les artistes du Grand nord ». Ceci est la résultante des efforts de promoteurs et d’artistes tels qu’Inesbo et le Fadah kawtal, Wainabe, Amina Pulloh, le groupe Garaya, Abba Djaoro, Soumai Esther, etc. Un réveil total est souhaité comme dans les années 1980 avec Sanda Oumarou, Ali Baba, Abdou Benito et Boukar Doubo, de véritables porte-paroles musicaux de cette région du Cameroun.
Malgré un certain déclin de la musique populaire au Cameroun, notamment à cause de l’influence des musiques étrangères, surtout dans le thème et les paroles des chansons, la musique populaire reste un facteur d’unité et de la diversité culturelle au Cameroun.
Publié le 16 juin 2015, cet article est mis à jour le 14 décembre 2018.
Références
- http://cameroonwebnews.com/2012/04/15/florence-titty-dimbeng-la-musique-camerounaise-est-malade-de-son-identite/
- http://www.rfimusique.com/actu-musique/bikutsi/album/20111209-nouvelle-scene-bikutsi-cameroun http://africa-info.org/culture/360-cameroun-comprendre-le-bikutsi-origine-et-diagnostic.html
- http://www.mampouya.com/article-interview-de-vero-la-reine-du-bikutsi-53100641.html http://www.camer.be/20064/1:6/etats-unis–usa-une-lecon-de-makossa-infligee-a-petit-pays-du-cameroun-depuis-los-angeles-aux-texte-et-video.html
- http://www.maybach-carter.com/2012/08/le-h-i-v-de-jovi-tirer-le-hip-hop-camerounais-vers-le-haut/ http://hiphopy.com/dossiers/le-hip-hop-en-afrique-est-une-mode-avant-detre-une-culture/
- http://www.africultures.com/php/?nav=livre&no=871 http://www.kmer-septentrion.com/musiques.html
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Edité par Walter Badibanga.
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