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L’éducation musicale à Madagascar

wbadibanga

By wbadibanga

19 Fév 2019 - 11:30

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Par Prisca Rananjarison

Le paysage musical malgache est aussi varié que le nombre d’ethnies, de variantes dialectales et de cultures qui composent ce pays. Les musiques liées aux croyances ou religions plongent les Malgaches, dès l'enfance, dans une acceptation naturelle et évidente de la musique. Dans un pays où la musique accompagne l’homme, de la naissance jusqu’à la mort, et rythme sa vie quotidienne, les défis de l’éducation musicale demeurent pourtant innombrables. Les férus de musique se débrouillent alors tant bien que mal pour apprendre ou affiner leurs acquis.

À Madagascar, l’éducation musicale commence dans les cours de récréation, dans les jardins de l’université et même dans la rue. (photo) : NY Metro Parents.

Les centres d’éducation musicale

À Madagascar, le nombre de centres dédiés à l’enseignement musical ne cessent de s’accroître : les centres agréés par l’État, les semi-privés et les structures spécialisées dispensant des cours particuliers. « Cet engouement des structures d’enseignement musical est dû à la demande des parents désireux d’accompagner artistiquement la vie de leurs enfants », explique Roberto Rajaofetra, enseignant de musique.

Ceux qui désirent approfondir leurs connaissances musicales se tournent vers les structures comme le Centre germano-malagasy (CGM), le Centre national d’études musicales (CNEM) ou encore l’Académie d’enseignement musical d’Ambatoroka qui prodiguent des enseignements formalisés servant par la suite, pour certains, de base dans leur création libre. Le CGM, un des grands centres musicaux de la capitale, regroupe environ 680 étudiants répartis dans plusieurs disciplines. « Ici au CGM, c’est le piano qui intéresse le plus les jeunes », confie M. Benja, professeur de musique.

Madagascar connaît depuis ces dix dernières années une émergence fulgurante des cours particuliers. Le Talenta Rajaofetra compte en moyenne 150 à 200 étudiants par an. « Les parents nous confient leurs enfants pour que la musique puisse accompagner leur développement personnel », confie Roberto Rajaofetra. Par ailleurs, les artistes désireux de transmettre leurs connaissances disposent de cours à domicile. « J’aime enseigner et de plus,cela permet d’arrondir mes fins de mois, quoi de mieux ? » s’exclame Herizo Ratri, enseignant de guitare à domicile.

L’éducation musicale informelle

Chez certains artistes malgaches, la musique est un bien précieux transmis naturellement de génération en génération. On entend souvent dire que l’éducation musicale se fait  grâce à la familiarisation aux pratiques musicales dès le plus jeune âge. Ce fut le cas des artistes de renom comme Fanja Andriamanantena, Rakoto Frah Junior, Silo ou encore Monica Njava, etc., qui ont grandi dans une famille d’artistes. À l’âge de onze ans, Eusébia Fatoma  est devenue danseuse-choriste puis chanteuse au sein du groupe de son père Jaojoby. « La plupart des artistes malgaches sont autodidactes. On observe, on s’imprègne, on développe l’auto-apprentissage puis on pratique », confie-t-elle.

À Madagascar, l’éducation musicale commence dans les cours de récréation, dans les jardins de l’université et même dans la rue. Réné, jeune homme en situation de difficultés, s’est initié aux prestations de rue dès ses dix ans. « Au moment où je n’avais plus de quoi vivre, j’ai décidé d’apprendre le sodona, flûte traditionnelle. J’ai également appris tous les cantiques et les chansons populaires actuelles. Je continue aujourd’hui à me produire devant l’hôtel de ville pour divertir les passants », déclare-t-il. 

Ateliers d’initiation et de perfectionnement

Les ateliers professionnels organisés dans le cadre des festivals de musique à Madagascar sont une occasion pour les mélomanes de renforcer leurs acquis. On pense surtout aux ateliers de valiha organisés dans le cadre d’Angaredona, les ateliers de saxophone lors de Madajazzcar, etc. « Chaque année, nous faisons venir des musiciens professionnels étrangers pour animer les nombreux ateliers », explique Désiré Razafindrazaka, président du comité d’organisation de Madajazzcar. Outre les festivals, le CGM organise ponctuellement des ateliers de percussions. Quant à l’Alliance française de Tananarive (AFT), des ateliers de chant, piano, guitare, etc., y sont régulièrement dispensés.

L’Education musicale à l’université

Malgré l’absence du volet artistique dans le programme d’éducation nationale, des acteurs comme l’enseignant-chercheur Serge Henri Rodin ont milité pour la création d’une filière dédiée aux arts et à la culture à l’université. Fort de cette volonté, la filière Médiation et Management Culturels (MMC), rattachée au Département d’études françaises et francophone de l’université d’Antananarivo a été créée en 2003. « Il est important qu’un médiateur culturel ait une base de culture musicale », confie Serge Henri Rodin. En plus de la pratique instrumentale, les étudiants en MMC étudient également l’ethnomusicologie et l’histoire de la musique en générale.

L’éducation musicale à travers la tradition religieuse

Une grande majorité de Malgaches cherchent leur fibre musicale sous les nefs acoustiques des églises. Il est dit qu’environ 80% de la population malgache est pratiquante, la grande partie – surtout les jeunes – de cette tranche s’adonne à diverses pratiques musicales qui tiennent une place de choix dans les agencements liturgiques. « Au sein des communautés religieuses, on scande et on chante les louanges », confie le père Désiré Maurice. « Le sentiment religieux est une mine d’inspiration et de création qui génère un grand nombre d’écritures et de compositions musicales originales », ajoute Joël Andrianjafy, membre de la chorale du lycée Saint-Joseph Andohalo.  

Enjeux…

De nombreuses associations et ONG œuvrent aujourd’hui en faveur des enfants et jeunes malgaches démunis. L’ONG Laka mise sur l’éducation à travers la musique et le chant.  « Nous avons étendu nos activités au bénéfice des enfants des rues dans le cadre de Laka project. En 2013, nous avons dispensé des ateliers gratuits mensuels à 1000 enfants à travers l’île », affirme Holy Andriamampianina, directrice de l’ONG. Les ateliers sont à la fois source de plaisir et de distraction pour les enfants et mettent l’accent sur leurs capacités et créativité.

La musicothérapie est un traitement médical reposant sur l’écoute ou sur la pratique de la musique. « On l’utilise surtout pour guérir ou soutenir une personne psychologiquement troublée », confie Rajery. Quand il n’est pas à donner des cours de valiha à des enfants de rue, Rajery dirige des séances de musicothérapie dans un service de l’hôpital d’Anjanamasina, situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale. « Durant les séances, la musique peut détendre et accompagner le malade dans son processus de guérison », ajoute-t-il.

Grands défis

Si dans les années 1960, la musique était obligatoire à l’école primaire publique, aujourd’hui, elle n’est qu’une activité parascolaire en option dans les écoles d’expressions françaises. La musique n’est pas une priorité dans la politique éducative à Madagascar. « Beaucoup d’éléments sont à insérer dans le programme scolaire. Malheureusement, la musique ne figure pas encore dans la liste des priorités. D’ailleurs, on n’en a jamais parlé au sein du gouvernement et au ministère », déplore Paul Rabary, ministre de l’Éducation nationale qui ne nie pas pour autant l’utilité et l’importance d’insérer la musique dans le programme scolaire.

L’absence de réflexion sur les enjeux de l’enseignement artistique dans l’agenda de la dernière convention nationale sur l’éducation en novembre 2014 témoigne du manque d’intérêt vis-à-vis d’une discipline d’enseignement (au même titre que les mathématiques et le malgache) qui joue pourtant un rôle fondamental dans la construction d’une personne. Si on veut que la musique soit enseignée demain à l’école, il est primordial de réfléchir aux enjeux de l’enseignement artistique dans un contexte de plus en plus globalisé où la construction de sa propre identité passe par l’affirmation de soi et la confrontation à l’autre.

Publié le 23 juillet 2015, cet article est mis à jour le 19 février 2019.

Sources :

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