L’enseignement musical en Éthiopie
By Music In Africa Foundation
15 Déc 2017 - 07:56
Ce texte donne un aperçu de l'enseignement musical en Éthiopie, de ses origines anciennes à son actualité.
L’enseignement de la musique en Éthiopie remonte à 1500 ans au temps de Saint Yared, un musicien légendaire reconnu pour avoir inventé la musique religieuse de l’Église orthodoxe éthiopienne. L’apprentissage de la musique religieuse est alors différent de celle moderne. En effet, les élèves de ce genre musical apprennent des mélodies, des notes et des gestes bien définis, sans la possibilité d’innover.
Selon Dawit Yifru, président de l’Ethiopian Musicians Association (EMA), le clergé forme graduellement une classe de musiciens appelé Azmaris. Bien que les Azmaris ne reçoivent pas de scolarisation formelle, ils apprennent et transmettent la tradition musicale religieuse de génération en génération. La tradition est toutefois vue d’un mauvais œil, car associée à des classes inférieures et ses praticiens sont considérées comme des ivrognes, extravagants ou toxicomanes, même si les masses apprécient leurs représentations.
Pour Yifru la première forme d’enseignement musical moderne est développée au cours du règne d’ Haïlé Sélassié au début du XXème siècle, lorsqu’il fait venir des professeurs de musique et des équipements de la Russie tsariste pour former une fanfare [i].
Ce n’est qu’à la fin des années 1960, que la première école de musique en Éthiopie, la Yared School of Music, voit le jour, avec l’appui de la Bulgarie. Elle sera suivie par des établissements comme l’école Empereur Ménélik II, l’école Teferi Mekonen [ii] et Kokebe Atsebehe qui forment dès le niveau élémentaire, leurs propres fanfares.
La Yared School of Music, située à l’Université d’Addis-Abeba, est aujourd’hui l’établissement musical le plus respecté. L’école, a été ouverte en 1954, par l’arménien Kevork Nalbandian avec ses collègues éthiopiens et grecs.
Un périodique de 1973 mentionne : « Deux arméniens, Kevork (1924-1949) et Nersès Nalbandian (années 1930 -1977), ont tous deux contribué dans le développement et le maintien des ensembles et de la musique éthiopienne. Au cours des 50 prochaines années, de nombreux groupes éthiopiens poursuivront leurs activités établissant la présence du jazz funk ».
Après le renversement de l’Empereur Hailé Sélassié et la révolution de 1974, le nouveau gouvernement jugeant l’enseignement de la musique comme un fardeau dans le cursus académique, va suspendre certaines écoles musicales. La situation perdure lors du renversement du régime militaire en 1991, où les groupes de musique sont forcés de se dissoudre.
La renaissance
Bien que l’enseignement musical ait souffert au cours des 40 dernières années, quelques personnes très actives, tentent aujourd’hui de le relancer en Éthiopie. L’un d’eux est Selam Ethiopia, une organisation musicale non gouvernementale avec des bureaux à Stockholm et Addis-Abeba. En 2015, l’organisation, en collaboration avec le gouvernement éthiopien, l’EMA et l’école de musique de Yared, réunissent divers intervenants pour définir un curcus éthiopien d’enseignement musical.
Chernet Mekuria, coordinateur de projet pour Selam Ethiopia, affirme que son organisme travaille principalement sur le développement de l’infrastructure culturelle afin de créer une société plus dynamique. Par exemple l’organisation d’un festival annuel de musique à Addis-Abeba. Ils organisent aussi des ateliers de formation et autres projets culturels destinés aux jeunes, au personnel des institutions gouvernementales, aux associations et même aux particuliers.
« Nous avons travaillé avec l’École de musique de Yared, le ministère de l’éducation[iii], le centre de formation Wusate Birhan Abera pour les malvoyants, afin de promouvoir l’enseignement musical en Éthiopie » dit Mekuria, ajoutant qu’un nouveau curriculum intégrant la musique sera approuvé d’ici fin 2017.
Desta Kassa du Ministère de la Culture et du Tourisme (MoCT) affirme que son ministère, l’école Yared et le Ministère de l’Éducation (MoE), ont étudié et préparé un document pédagogique sur les avantages de l’enseignement musical en Éthiopie. Le MoCT s’apprête à accueillir une conférence sur l’élaboration d’un curriculum musical réunissant 12 universités, qui se tiendra dans la ville de Bahir Dar.
Kassa reconnait cependant le manque de compétences pour l’enseignement au niveau primaire, mais il explique qu’au niveau de la formation technique et professionnelle, le ministère pourra proposer une formation variée.
« Nous préparons les outils d’évaluation de compétences sous la tutelle du ministère de l’éducation » dit-il.
Il ajoute qu’il a également, avec l’appui de l’Association des musiciens de l’Éthiopie, lancé un test pilote dans certaines écoles à Addis-Abeba pour rassembler des professionnels de la musique, capables de transmettre leurs connaissances aux jeunes.
Les écoles vocationnelles de la région du Tigray et d’Entoto ont déjà commencé à offrir une formation musicale. D’autres écoles comme TMS et Kotebe, les écoles de formation privées comme Jazzamba Music School et le Mekane Yesus School dispensent aussi des cours musicaux.
Le centre de formation Wusate Berhan Abera pour les malvoyants offre un diplôme accrédité. Le centre a été créé en avril 2001. À ce jour, plus de 40 jeunes y ont obtenu un diplôme et la plupart ont été recrutés par diverses organisations gouvernementales et non gouvernementales. Le centre propose une formation instrumentale (kirar, masenqo, percussions traditionnelles et ensembles).
L’Université d’Addis-Abeba propose également un baccalauréat en musique et un autre diplôme musical à Tigré et dans d’autres régions.
Ces établissements ne suffisent cependant pas, pour répondre à la forte demande de professionnels en musique. Le lancement du département des Arts à la Mekelle University (MU) est une mesure opportune pour faire face à ce besoin. Il est à espérer que les diplômés de cet établissement combleront les lacunes en termes de ressource. Les universités de Wolkite et du Bahir Dar ont également l’intention de lancer leurs propres programmes d’éducation musicale.
Les instruments traditionnels
Bien qu’il y ait des efforts pour relancer l’enseignement de la musique en Éthiopie, Mekuria de Selam Ethiopia constate que « Le secteur musical traditionnel est méconnu de la société, en partie à cause du manque de formation au niveau primaire. Ceux qui choisissent d’apprendre la musique se tournent vers les instruments étrangers ».
Mekuria attribue cette préférence pour les instruments occidentaux comme le piano, à la méconnaissance du potentiel des instruments locaux. Il déplore également la disparition des proverbes locaux, appelés paroles en or et en cire. Yifru partage son avis et dit que la prestigieuse école Yared offre un cours de base sur les instruments traditionnels éthiopiens, alors que les diplômés ont tendance à abandonner ces instruments lorsqu’ils poursuivent leur carrière professionnelle.
Malgré ces défis, Mekuria voit déjà les résultats positifs de l’enseignement musical des instruments locaux. À l’école Begena Sissay [iv] par exemple, en plus de l’enseignement musical classique, on tente de valoriser les instruments de musique traditionnelle ; cela a aidé à susciter un nouvel intérêt pour la harpe. L’école offre également 2 mois de formation estivale au kirar et au masenqo.
« Tant que vous préservez votre patrimoine, votre identité et vos traditions, il y a de l’espoir » dit Mekuria.
En approuvant les propos ci-dessus, Yifru ajoute que si l’enseignement de la musique est important. Les difficultés pour un artiste à obtenir un prêt bancaire, le manque de salles de concert et une protection généralement inadéquate de la propriété intellectuelle et du copyright, doivent être pris en considération.
« Les écoles de musique privées qui surgissent dans la capitale sont un signe positif, même si elles sont un peu trop chers pour la plupart des gens » dit-il.
Pour lui, les télécrochets et autres programmes musicaux comme Ethiopian Idol sont louables, mais en fin de compte, il faut nourrir et embaucher les finalistes pour que ces initiatives portent des fruits.
« La musique n’est pas seulement un supplément, elle complète le cursus académique. Notre intention est de promouvoir la musique pour qu’elle contribue à d’autres secteurs d’activités » dit Mekura, ajoutant qu’il espère que l’enseignement musical sera pleinement introduit au cursus des écoles éthiopiennes dans les 15 prochaines années.
Références
[i] http://thearmenite.com/2014/10/company-emperors-story-ethiopian-armenians/
[ii] https://www.youtube.com/watch?v=SR29EvtXrvc
[iv] Située à Amst Kilo près de l’église Saint Mary; +251932176622
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