La politique culturelle en Érythrée
By Music In Africa Foundation
07 Déc 2017 - 08:52
L'Érythrée possède une richesse culturelle inestimable, mais cette ressource continue d'être gérée sans grande vision et sans une politique bien définie par l'État.
Les développements juridiques
Le secteur culturel n’a jamais été correctement financé en Érythrée. Si quelques efforts ont été faits pour l’élaboration d’une bonne politique culturelle, le manque de planification et d’engagement a souvent freiné le processus. L’État multiplie les textes, sans cependant trouver la bonne formule juridique qui garantisse un encadrement efficient du secteur.
Le 22 mai 1992, le décret n° 23/1992 portant sur les pouvoirs du gouvernement de transition de l’Érythrée (TGE) est émis. Pour la gestion de la culture qui représente une ressource importance pour le développement économique du pays, un Département de l’Information et de la Culture (DIC) voit le jour. Les missions du DIC, sont clairement énumérés à l’article 20 du décret : le développement de l’art et de la littérature Érythréenne, la sauvegarde du patrimoine historique et culturel, la valorisation des langues et traditions, la mise en place d’institutions artistiques et littéraires, la création d’un théâtre national ainsi que le développement des activités et échanges informels, culturels et sportifs.
Un an plus tard, suite au décret n° 11/1993 du 7 juin 1993, les départements du TGE deviennent des ministères et le DIC devient le ministère de la Culture et de l’Information (MIC). Il sera suivi un mois plus tard, par le décret 14/1993 du 1 juillet 1993, fixant les mandats des ministères.
Mais quelques années plus tard, le MIC n’est considéré que comme le ministère de l’Information. La gestion du secteur culturel lui semble ôtée et confiée à des institutions naissantes.
Les institutions
Diverses institutions érythréennes créées au fil des années, ont eu pour rôle de promouvoir la culture. Le Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ), le parti au pouvoir, a créé un service des affaires culturelles qui a longtemps supervisé les spectacles de danses traditonnelles, la production de pièces de théâtre et oeuvres musicales présentées au cours des fêtes nationales, ainsi que la formation et l’accompagnement des troupes culturelles en tournée à travers le monde.
Le ministère de l’éducation a lui aussi abrité un bureau des affaires culturelles, aujourd’hui dénommé Commission de la Culture et des Sports (CSC). Initialement, ce bureau était chargé d’établir des unités culturelles dans les écoles, pour réaliser des études sur le patrimoine immatériel et la littérature orale en Érythrée. Aujourd’hui, la CSC conitnue d’intervenir pour le développement global de la culture en Érythrée.
Le Comité de coordination des fêtes nationales (NHCC) participe lui aussi à la gestion du secteur culturel. Pendant le festival d’été qui se tient chaque année à Asmara, le NHCC propose des concours culturels et des subventions. La structure délivre également des récompenses musicales pour le meilleur album et le meilleur single de l’année.
En septembre 2015, le gouvernement émet un nouveau décret qui confie la gestion du patrimoine culturel de l’Érythrée au ministère de l’éducation, qui doit constituer une commission de 16 membres issus des institutions dont les activités ont un lien avec le secteur culturel du pays. L’article 22 du décret stipule : « le ministère doit, avec l’avis de la Commission et en consultation avec les organes concernés, adopter, superviser la mise en œuvre, réviser et mettre à jour, si nécessaire, une politique culturelle et politique nationale du patrimoine ».
Outre le gouvernement, des organisations internationales comme l’UNESCO ont fait des efforts pour que la culture puisse recevoir toute la reconnaissance qu’elle mérite. En 2009, avec l’appui de cette grande organisation, un atelier national sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a été organisé en Érythrée. L’atelier a notamment abordé la question de la création d’un cadre légal pour la protection du patrimoine en Érythrée.
En 2010, le pays a ratifié la Convention de 2003 de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Le document a été traduit en tigrinya, l’une des langues nationales, pour être accessible au plus grand nombre.
Un décret a été émis en 2015 par les autorités érythréennes, pour renforcer la mise en œuvre de la convention de 2003 au niveau national. Seulement, la faiblesse de la main d’oeuvre et le manque expertise des acteurs du secteur culturel, ont constitué un véritable frein à l’avancée des choses.
Conclusion
L’absence d’une politique culturelle nationale précise a freiné la croissance des arts et de la culture en Érythrée. Les différents acteurs du milieu culturel tentent de remplir leurs missions, sans cependant avoir les connaissances requises en stratégie de développement culturel.
Les différents domaines de la culture et des arts évoluent sans proximité et donc sans synergie.
Quelques institutions tentent à leur manière de faire avancer les choses, mais leurs actions ne sont ni suffisamment encadrées, ni suffisamment appuyées par l’État, qui malgré ses efforts, peine à garantir une stabilité juridique au secteur culturel.
Enfin, très peu de récompenses et mesures incitatives sont accordées aux artistes.
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