Préservation du patrimoine musical tchadien

Préservation du patrimoine musical tchadien

Inhouse team

By Inhouse team

12 Fév 2018 - 17:00

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  • Abdoulaye Adoum

Puisant ses sources depuis les extrémités du pays, la musique moderne tchadienne s'est construite dans les années 60, par une vague d'artistes ayant séjourné au Soudan (Issa Moussa, Babikir Mahamat Nour, Maawiya, etc) et par des orchestres tels Chari-Jazz, Africa Mélodie ou encore Tamtam show, qui ont subi l’influence des musiques afro, précisément celle de la rumba congolaise.

Mamane Barka (Photo) : fidjomusic.com

« La genèse de la musique moderne remonte certes aux années 60 » indique le sociologue Hervé Ndolégoloum Djasrabé, enseignant chercheur à l’université de Toukra (Tchad) et musicien-chanteur.

« Mais la musique en tant que fait social, est depuis toujours, présente dans toutes les contrées du territoire national » précise-t-il.

Le passage du groupe congolais Cercul Jazz au Tchad, dans le cadre d’une tournée africaine qui l’a aussi emmené au Cameroun, au Gabon et au Nigéria, entre 1963 et 1964, aurait inspiré, en témoigne le site afrisson, une certaine dynamique dans le septentrion tchadien.

« Cette rencontre a permis l’envol définitif du 1er orchestre musical tchadien, en l’occurrence le Chari-Jazz, qui signe sa naissance en 1964, avec des chansons éclectiques dès sa sortie officielle » explique Abdoulaye Ndergué, musicologue tchadien, qui ajoute : « Sur initiative du Président de la République Tombalbaye, l’orchestre a séjourné en 1969 à Kinshasa (RDC) durant 8 mois, et dès son retour, la modernisation du groupe s’est faite sentir ».

« Même si ce séjour a permis le perfectionnement de l’équipe dans diverses techniques musicales, il a par ailleurs porté un coup à notre musique » raconte le spécialiste, qui pense que « l’orchestre n’a ramené avec lui que de la musique congolaise, au détriment de celle authentique du Tchad.

Qu’à cela ne tienne, les fans de la musique tchadienne, nostalgiques de cette époque, la reclame toujours.

La chanson emblématique « Zakatoumba N’Djamena » et sa chorégraphie, feront le boom de la musique tchadienne, à en croire DjibrineTopalto, officier supérieur de l’armée tchadienne et féru de la musique locale.

Tout en citant les noms de vedettes de la musique de l’époque, « Soucis, Dounia Ngangngai, Abdoulaye radjili, etc » (soucis, durété de la vie, Abdoulaye mon mari ndlr), Topalto laisse entendre que les chansons phares du repertoire de Chari-Jazz restent gravés dans la mémoire des tchadiens, notamment les « lamy-fortains » (personne née à l’époque où le Tchad était encore appelé Fort-Lamy) dont il fait partie.

« Toglengar, Dingabey, Ndotao Sony Et Dobay, Issakus,Hissein Dounbe, Nouba ou encore Aron, pionniers de Chari-Jazz, ne ménageaient aucun effort pour faire plaisir à leur public » explique l’officier qui n’hésite pas à faire la comparaison avec la nouvelle génération, dont il trouve les oeuvres peu originales.

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Quand la musique tchadienne s’envole vraiment…

Même si la musique congolaise occupait encore une place de choix pour les mélomanes tchadiens, la musique locale n’était plus en reste. Les concerts et soirées d’antan (mardi, jeudi, samedi et dimanche au King Club) étaient dorénavant animés par la musique locale jouée en live par des artistes tchadiens.

Entretemps, des embryons musicaux germent et une relève se prépare. Ahmat Djalali, Alhadj Ahmat Pecos ou encore Ibedou, qui avaient toujours porté le flambeau de la musique arabe d’obédience soudanaise, communément appelée Fanani, qui signifie artiste en arabe, ainsi que Kalé-K-Néra, Talino Manu, maitre Gazonga avec l’international Chalal, Masdongar et Soubyana Musica, commencent à mettre les pieds à l’étrier et ils s’imposent majestueusement avec leur musique, dans la capitale, N’Djamena.

Une autre catégorie, non des moindres, que l’on peut qualifier de trans-générationnelle, s’est aussi faite une place sur la scène musicale tchadienne. Elle est représentée par la cantatrice Ildjima, Moussa Chauffeur ou encore Chéni, assimilables aux griots de l’Afrique de l’Ouest, qui ont également marqué les esprits des mélomanes, avec leur style singulier, fait d’une parole rythmée et découpée en plusieurs vers poétiques.

À cela, s’ajoutent plusieurs centaines de groupes de danses folkloriques à travers le territoire, qui divertit la population tous les week-ends, en exhibant les pas de danses acrobatiques, cela de manière parfois échevelée. On pourrait dans cette catégorie-là citer Chila-chila, Adamayé, Algueita, walbazak,  le kidi, le saï, le Ndilé ou encore le Gourma.

« Les cérémonies de mariage, de baptême sont toujours animées par ces derniers, qui sont restés indétronables jusqu’à nos jours malgré, l’avènement de genres musicaux nouveaux » affirme Mahamat Foudah Djourab, sociologue et enseignant chercheur.

Par ailleurs, La crise militaro-politique de 1979 à 1981, qui a déchiré le tissu social tchadien, a stoppé de nombreux talents, qui commençaient à s’exprimer çà et là sur toute l’étendue du territoire. Il a fallu attentre entre 1980 et 1990, pour voir renaître la scène musicale nationale.

Les années 90 voient naître plusieurs groupes musicaux et un nouvel élan.

La world music et le rap s’imposent, avec une vague d’artistes tels Raïs-Kim, Tibesti, Abdoulaye Ndargué, Géneviève Matibeye, Bossi l’émanché de Moundou ou encore Djorio.

Même si la musique au Tchad a plutôt bien évolué, elle reste faible, du fait d’un manque criard de soutien de la part de l’État. « On est encore à la phase d’autoproduction » s’indigne Abdoulaye Ndergué. Malgré quelques exploits individuels d’artistes tchadiens, les musiques du pays de Toumaï sont peu connues à l’étranger, explique le musicologue tchadien.

Hormis, le H’Sao qui évolue au Canada, Mounira Mitchala, dite la panthère douce, Maondoé, Ménodji, et quelques autres qui peuvent se compter au bout du doigt, la musique tchadienne est sous-représentée sur la scène internationale.

Il faudra peut-être compter avec Sidcon Algawi, Menodji et la nouvelle génération pour relever le défi.

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