Tambour du Burundi : le décret qui fâche
By Yves NISABWE
02 Mai 2018 - 17:13
Les femmes burundaises notamment celles réfugiées au Rwanda, suite à la crise politique que connaît le Burundi depuis fin avril 2015, ont célébré le 8 mars dernier la journée internationale des droits des femmes.
Depuis, une vidéo de ces dernières jouant et exécutant la danse du tambour est devenue virale sur les réseaux sociaux. Pourtant, le décret présidentiel du 20 octobre 2017 interdit à la femme burundaise de toucher à cet instrument.
Depuis que le tambour est inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco, l’Etat burundais a mis en oeuvre des politiques pour la promotion de celui-ci. Il s’agit entre autres de l’instauration de la semaine dédiée au tambour, de l’interdiction de battre le tambour dans des cérémonies comme les mariages sauf accord préalable du Ministère en charge de la Culture, de jouer le tambour en dehors du pays sans en aviser les autorités compétentes et de … l’interdiction faite aux femmes de battre le tambour.
Dans la culture burundaise, une femme ne peut battre le tambour. Selon Feu Antime Baranshankaje (1937-2017), dernier gardien du tambour sacré du sanctuaire rituel de Gishora (dans la province de Gitega, au Centre du pays), elle ne doit pas battre le tambour considéré comme le corps d’une femme du fait de l’appellation des parties de l’ingoma (tambour) qui sont similaires aux parties du corps de la femme. C’est pourquoi il n’est réservé qu’aux hommes. Ce qui s’est donc produit au camp de réfugiés de Mahama où les femmes en Imvutano (tenue traditionnelle) esquissaient des pas de danse au rythme du tambour n’est pas passé inaperçu.
Les autorités burundaises n’ont pas encore réagi. Des voix comme celles des défenseurs des droits de la femme ne cessent cependant de demander que le décret soit revu afin que les femmes autant que les hommes puissent jouer le tambour comme c’est le cas pour d’autres danses dans la culture burundaise.
Un autre évènement de ce genre s’est passé aux États-Unis à la sortie du bluckbuster Black Panther où le Burundi a été représenté par des tambourinaires d’Atlanta, (Géorgie). Au moment où la troupe recevait des éloges, le Porte-Parole de la Police Nationale s’est fendu d’un tweet clamant haut et fort que ce n’est pas de la vraie culture burundaise qui est représentée dans la super production américaine, et qu’elle ne veut pas que sa culture soit associée à un spectacle qui ne décrit pas l’Afrique réelle. Car aucune femme ne fait partie du décor des tambourinaires.
Dans tous les cas, que ce soit du côté des défenseurs de la culture mais aussi et celui des défenseurs des droits de la femme, le débat demeure sur cette interdiction controversée qui touche un sujet sensible.
Les autorités burundaises devront revoir à n’en pas douter cette loi afin d’éviter les polémiques et satisfaire toutes les parties.
Notons que les conséquences du décret présidentiel ont touché aussi les troupes de tambourinaires qui avaient pour habitude d’agrémenter des fêtes comme les mariages. Désormais, agrémenter les mariages sera conditionné par l’accord du ministre en charge de la culture après étude de cas. Une troupe qui passe outre se verra infliger une amende de 500.000Fbu (soit 185$).
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