Musique et médias au Sénégal
By Louis Ndione
18 Mai 2018 - 15:49
Au Sénégal, l’industrie musicale est intimement liée aux industries de contenus. En effet, les télévisions, radios et autres médias, jouent un rôle clé dans la promotion des artistes et de leurs oeuvres.
La Radio
Avant l’indépendance, la scène musicale sénégalaise était dominée par la musique afro-cubaine, qui s’est très vite répandue au détriment des musiques locales.
L’expansion de cette musique a favorisé son appropriation rapide par les Sénégalais et de nombreuses formations aux accents cubains sont nées au pays de la Teranga. On pourrait citer entre autres Star jazz, Tropical jazz, Sor jazz, Saint-Louisien jazz, l’UCAS jazz de Sedhiou et la fondation Harlem Jazz de El hadji Bira Gueye en 1950, qui s’est faite remarquer lors du premier Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) en 1966.
La radio Voice of America a joué un rôle très important dans cette montée en puissance des rythmes cubains. Sa vaste campagne médiatique a influencé les tendances musicales des années 50 au Sénégal.
Au début des années 60, une première structure permettant aux musiciens sénégalais de s’enregistrer sur place sur des disques vinyles 78, 33 et 45 tours ouvre ses portes, elle appartient au Français Francis Bernardo, installé à Dakar (Sénégal).
Peu après elle, le bureau de Radio Sénégal est créé et désormais pour faire un 33 tour, « toutes les formations musicales avaient recours au bureau de la Radio Sénégal, qui seule à cette époque était à mesure d’assurer moyennement » écrit le professeur Benga, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD).
Les mélomanes de la station nationale Dakar FM (94.5 FM) s’habituent alors à la voix de Michael Soumah, qui les accompagne tous les après-midi dans l’émission Jazz, qui consacre près de trente minutes au style musical dont elle porte le nom. De même, de nombreux talents se révèlent par cette nouvelle station, une première opportunité de s’exprimer et de séduire le public sénégalais.
La chaine révèle de nouveaux artistes comme le groupe Positive Black Soul, plus connu sous le nom de PBS, ainsi que le groupe Daara dji qui deviendra plus tard Daara dji family. De nouveaux genres musicaux tels que le hip-hop ou le folk sont désormais proposés dans plusieurs émissions comme Hit inter sky et Puissance Fm, animées par Aziz Coulibaly. Ces programmes vulgarisent le hip-hop auprès des auditeurs sénégalais.
Dakar est le foyer du boom audiovisuel au pays de la Teranga. La ville possède à elle seule, plus d’une dizaine de stations de radio (RFM, RSI, sud FM, TFM, walfadry,..) et quelques stations de télévision (RTS, TFM, SenTV, 2Stv,..). Ces médias assurent la diffusion et la promotion des œuvres musicales, ainsi que des artistes locaux, par des publicités et des émissions qui leur sont dédiées.
Grands consommateurs de musique, ces radios et télévisions payent également des redevances, qui contribuent à la rémunération des droits d’auteurs et des droits voisins.
Les télévisions et la presse écrite
Les télévisions sénégalaises ont permis à beaucoup de musiciens et de groupes, de faire leur entrée mais aussi de percer sur la scène musicale nationale. Des émissions telles tèlè-variètè de Maguette Wade, Génération 80 de Moïse Ambroise Gomis sur la RTS, Népad musical à Walfadrji, ou encore After work à la 2Stv, ont fait éclore de nombreux musiciens.
À cela s’ajoutent les concerts en live ou rediffusés, comme le Grand Bal de Youssou à Bercy, par les chaines de télévisions locales, sans oublier d’autres types d’émissions de divertissement qui incluent la musique, ainsi que la diffusion constante des clips.
Aujourd’hui, « la télévision est devenue le cœur de l’industrie de l’enregistrement » explique le professeur Ibrahima Wane.
Pour ce qui est de la presse écrite, force est de reconnaitre son apport fondamental dans la promotion et la valorisation de la musique. Avec son incontournable rubrique culture, la presse écrite contribue sans nul doute au développement de l’industrie musicale au Sénégal.
Le Numérique
Le numérique a engendré plusieurs avantages pour l’industrie musicale nationale : la multiplication des canaux de diffusions, la grande possibilité de se produire et d’exposer ses œuvres, la réduction des coûts de production, l’évolution des supports, des modes de création, de production, de diffusion et de consommation de musique.
Grâce aux outils numériques actuels, la création, la production et la diffusion sont à la portée de tous. Chacun, peut sur Google, Facebook, Amazone, Apple (GAFAM), faire la promotion de son album ou de son single.
L’accessibilité aisée aux GAFAM et leur facilité d’utilisation, ont fait d’eux, ainsi que de Youtube, des puissants réseaux sociaux, permettant aux artistes de se diffuser et de rester en contact avec leurs fans.
De même, le web 2.0 offre aux internautes la possibilité de partager des données musicales rapidement.
Toutefois, ces outils ont favorisé une nouvelle forme de piraterie et le téléchargement gratuit en ligne, cela au détriment des artistes. Cette situation oblige les maisons de production de Dakar, à s’adapter à l’évolution, en tentant de créer de nouvelles stratégies pour une meilleure rentabilité.
C’est dans cette optique que Musik Bi a vu le jour. Il s’agit d’une plateforme de téléchargement adapté aux réalités locales et regroupant plus de 200 artistes sénégalais. Chacun peut y télécharger de la musique sur son GSM légalement, en payant au moyen de son crédit téléphonique. Le prix de téléchargement d’une chanson varie entre 300 et 500 Fcfa.
Références
1- Tuyaux : canaux de diffusion (réseau de télévision, radios, médias, opérateurs télécom, réseaux de salles, réseau mobile
2- Contenus : biens qui circulent dans ces tuyaux (films, musique…)
3- « Indépendance et musique : Sénégal influences transatlantiques musique cubaine et jazz au programme »
4- Saliou Ndour et al., Industrie musicale au Sénégal : essai d’analyse, Dakar, CODESRIA, 2008, p.25
5- Ndiouga Adrien Benga… Dakar et ses tempos … et enjeux de la musique urbaine moderne (c 1960 année 1990)
6- Amadou Bator Dieng «L’environnement musical au Sénégal »
7- Pr Ibrahima Wane : « l’industrie du disque au Sénégal … – Music In Africa
8- Google, Facebook, Amazone, Apple, Microsoft
9 – Contact – MusikBi.com MusikBi est le premier site de téléchargement
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