L’industrie musicale africaine en 2017
By Thomas Ayissi
14 Août 2017 - 07:45
Faiblesse du pouvoir d'achat, émergence de plateformes de vente de musique en ligne, difficultés structurelles. L'industrie musicale en Afrique demeure, en 2017, à la fois peu développée et très concentrée dans les pays anglophones.
L’Afrique, la musique africaine et les principaux genres
Le principal souci à propos de la musique africaine est que les notions telles la musique et l’ethnologie se mélangent. La musique africaine est-elle celle faite par des africains ? Celle qui conserve le folklore associé à l’Afrique ?
Globalement l’Afrique peut être divisée en 5 zones : le Maghreb, l’Afrique de l’ouest, l’Afrique Centrale, l’Afrique Australe, l’Afrique du sud.
Outre le rap, le hip hop, le RnB, le rock, le blues et le jazz que l’on retrouve dans tous les pays africains, chacune des 5 zones a un ou plusieurs pôles et styles musicaux dominants. La musique populaire africaine est aussi un terme qui peut paraitre complexe.
Structurellement, les musiques africaines s’organisent globalement sous forme d’ostinato à variation[1]. L’ostinato, étant la répétition régulière et ininterrompue d’une figure rythmique ou mélodico-rythmique, sous-tendue par une périodicité invariante.
Le principe du développement de la mélodie est moins souvent présent en Afrique. Mais les variations être très complexes et certaines pièces combinent plusieurs ostinatos.
La périodicité s’exprime principalement sous deux formes :
– La forme responsoriale : énonciation d’une série de phrases par un soliste auquel répond un chœur (le répons). Ce répons peut être chanté à l’unisson ou en intervalles parallèles de quartes ou de quintes.
– La forme antiphonale : le chœur, dans la forme antiphonale, reprend telle quelle la phrase énoncée par le soliste.
La périodicité entraîne une division stricte du temps en segments de durée égale. Chaque segment peut se subdiviser en unités mélodiques et/ou rythmiques.
Systèmes scalaires : l’échelle musicale la plus répandue sur le continent africain est pentatonique anhémitonique. C’est donc une échelle de cinq notes qui exclut le demi-ton. Elle offre, par ces quatre renversements, cinq modes de jeu.
23 grandes langues cohabitent en Afrique sub-saharienne. Le swahili et le haoussa sont les deux plus importantes car parlées par 39 millions de locuteurs. Le bambara, est la plus petite de ces grandes langues, il compte 2,7 millions de locuteurs.
En Afrique, il y a aussi langues véhiculaires issues de la colonisation, elles sont au nombre six : l’afrikaans, l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le français et le portugais.
La musique du Maghreb est proche de la musique orientale jouée dans la péninsule arabique. Une musique arabo-andalouse comportant quatre écoles : l’algérienne, la marocaine, la tunisienne et la libyenne.
Parmi les plus genres les plus célèbres il faut retenir par ordre d’ancienneté décroissant : le chaabi et le rai qui est une version modernisée des musiques traditionnelles telles la musique classique.
Présence d’instruments caractéristiques tels : guembri (instrument gnaoui principal, sorte de luth-basse) à des styles aussi divers que variés.
La zone décrite sous le nom Maghreb contient les pays suivants : Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Mauritanie, Soudan, Soudan du Sud, Tunisie.
L’Afrique de l’ouest contient les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
Cette zone a trois influences musicales majeures : d’abord l’afrobeat du Nigéria, ensuite les rythmes tradi-modernes tels le mbalax, la musique mandingue et ses dérivés, enfin la musique des iles, musique créole de territoires tels le Cap Vert faite de zouk, du cabo, de la funana.
L’Afrique centrale décrite inclus les pays suivants : Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, São Tomé-et-Principe, Tchad.
Ici les rythmes majeurs sont : la rumba congolaise ainsi que les musiques influencées et dérivées. Des rythmes tels le cha-cha-cha.
L’Afrique de l’est contient les pays suivants : Burundi, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Seychelles, Somalie, Tanzanie. Plusieurs rythmes traditionnels plus ou moins modernisés ont connu un succès international c’est le cas des percussions burundaises, de la manzuma qui est un style de musique islamique d’Ethiopie.
La zone australe de l’Afrique comporte plus de disparités musicales. A cause de leur enclavement important, certains pays tels l’ Éthiopie ont conservé plus longtemps des rythmes traditionnels.
La région Afrique sur sud regroupe les pays suivants : l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, les Comores, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland, la Zambie, le Zimbabwe.
Les rythmes les plus célèbres sont la Marrabenta du Mozambique, le Kwaito de l’Afrique du Sud.
Influence de l’économie collaborative sur l’industrie musicale
La première convention régissant le droit d’auteur est celle de Berne[3] en 9 septembre 1886, puis complétée à Paris le 4 mai 1896. Les droits des artistes interprètes sont reconnus depuis 1960
Les pays africains n’ont pas tous signé et décidé d’adopter la convention de Berne sur le droit d’auteur. Il y a globalement quatre groupes[2] :
Les pionniers ayant ratifié et mis en application ces textes entre 1880 et 1930 : Tunisie le 9 septembre 1886. Ratification le 5 septembre 1887 et application le 5 décembre 1887, Maroc, adhésion et application le: 16 juin 1917, Afrique du Sud, signature et déclaration de continuation d’application: 3 octobre 1928). La Tunisie est le seul pays africain ayant signé en même temps que la Belgique, l’Espagne, la France, le Royaume Uni, la Suisse.
La seconde vague ayant signé et mis en application ce texte entre 1960 et 1966 après les indépendances (Bénin, Burkina Faso, Gabon, Côte d’Ivoire, Congo, RDC, Niger, Mali, Madagascar, Sénégal).
La troisième vague ayant signé entre 1975 et 1985 (Centrafrique, Egypte, Guinée, Libye, Mauritanie, Tchad, Togo).
La quatrième vague ayant signé entre 1985 et 2016 (Algérie, Botswana, Burundi, Cap Vert, Guinée Équatoriale, Kenya, Lesotho, Libéria, Malawi, Nigéria, Rwanda, Soudan, Tanzanie, Zimbabwe).
La révolution numérique et internet sera prise en compte avec la signature le 20 décembre 1996 du Traité de l’OMPI sur le droit d’auteur (WCT). Le texte entrera en vigueur le 6 mars 2002[1].
Cette période marque la fin du processus de déclin des studios de production traditionnels et l’amorce du processus de dématérialisation.
Marketing artistique
La dématérialisation des supports musicaux physiques a eu plusieurs conséquences dont : la baisse du nombre d’albums publiés et l’augmentation du nombre de single. Autre conséquence de la dématérialisation : la baisse considérable des ventes de disques. La musique étant disponible sur Youtube, il est compliqué d’en vendre surtout dans les marchés à faible pouvoir d’achat.
Les artistes ont doivent se transformer en marques et faire un marketing de soi plus important. Le numérique a aussi eu comme conséquence la multiplication du nombre d’artistes présents dans la scène musicale. L’Afrique a beau etre perçue comme une zone à fort potentiel, il est plus compliqué de financer les albums.
Les studios de production ayant disparu, les nouvelles entité ayant émergé sont confrontées à la concurrence des labels européens installés en Afrique tels:
Universal Music Group qui a signé avec le congolais Fally Ipupa en 2013, après 10 ans de carrière musicale. DJ Arafat également a signé avec Universal en 2014. Le camerounais Manu Dibango est aussi sous contrat avec Mercury Records, une filiale d’Universal.
Good Music, le label de Kanye West qui a signé avec le chanteur nigérian D’banj qui a gagné 2 MTV Awards.
Konvict Muzik le label du chanteur Akon a signé en 2011 avec le nigérian P-Square.
Roc Nation Records le label créé par Jay-Z a signé en 2016 avec la nigériane Tiwa Savage.
Sony Music Entertainment Global a signé en janvier 2016 avec le nigérian Davido. Le chanteur camerounais Richard Bona est aussi sous contrat avec Sony.
La musique hip-hop progresse en Afrique aussi parce qu’elle est intégralement électronique et ne nécessite pas l’utilisation d’un orchestre[1].
Tendances en consommation musicale.
8 323 milliards de $ US ont été collectés en 2016 selon rapport 2017 de la Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs ( CISAC ).
En Afrique, la Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs ( CISAC ) a des membres dans 31 pays et travaille avec 36 sociétés d’auteurs. 69 milliards de $ US ont été collectés en Afrique toujours selon le rapport des collectes 2016 de la CISAC[2].
La somme collectée en Afrique au titre de droits d’auteurs musicaux représente le 1/120e de la somme mondialement collectée. En terme de population l’Afrique représente 1/6e de la population mondiale. Autrement dit l’Afrique est ultra minoritaire dans l’industrie musicale mondiale.
A cause de cette faiblesse du marché africain, il n y a pas de chiffres disponibles permettant par exemple de connaitre le volume exact d’albums achetés sur Internet.
Méthodes de production
Le mode de production de CD a été simplifiée. Les techniques professionnelles avec des masters ont été abandonnées au profit du numérique et des ‘‘home studio’’. Pour rappel pour presser un CD ou un DVD standard à partir d’une matrice est n’est rentable qu’au-delà de 3000 unités.
La fabrication CD/DVD à partir de master ou disque maquette passe par la fabrication d’un disque de verre. Ce dernier est fait à partir d’un disque métallisé à partir de laquelle sont produits les moules.
La majorité des CD/DVD produits en Afrique subsaharienne sont obtenus à partir de la réplication de CD-R grâce à un graveur autonome qui grave une lumière laser dans un substrat chimique photosensible.
Pour survivre les labels se sont diversifiés. Par exemple, le studio Sankara de Didier Awadi a entre autres activités, la production vidéo, l’évènementiel[3].
Distribution (offline and online)
Depuis 2014 Abidjan est devenu l’épicentre de la musique francophone[4]. Universal Music, du groupe Bolloré s’y est installée et Sony Music l’a rejoint en 2016.
Objectifs : professionnaliser le secteur et rentabiliser les œuvres. A l’instar de ce qui se fait déjà au Nigéria, les opérateurs téléphoniques, les telco, réfléchissent avec les producteurs à de nouvelles plateformes de distribution musicale.
Au Nigeria l’opérateur téléphonique MTN est devenu le principal distributeur de musique et la source première de revenus pour les artistes.
Plusieurs initiatives de monétisation de la musique ont été lancées ou ont bénéficié d’apport de capitaux. Au Congo, la version bêta de la plateforme Baziks Pulse a été lancée fin septembre 2016. Au Sénégal, la plateforme Muzik bi a été rachetée par le chanteur, producteur Akon en juillet 2017.
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[1] http://www.enqueteplus.com/content/production-musicale-au-senegal-entre-retard-num%C3%A9rique-et-baisse-de-qualit%C3%A9
[2] http://fr.cisac.org/Actus-Media/Communiques-de-presse/Droit-d-auteur-Montant-record-des-collectes-mondiales-a-8-6-milliards-d-euros
[3] https://studiosankara.com/
[4] http://www.rfi.fr/emission/20170525-industrie-musicale-ouest-africaine-est-plein-boom
[1] http://www.wipo.int/wipolex/fr/details.jsp?id=12740
[1] https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/convention-de-berne.html
[2] http://www.wipo.int/treaties/fr/ShowResults.jsp?treaty_id=15
[3] Simha Arom – Polyphonies et polyrythmies instrumentales d’Afrique centrale (Vol 1)
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