Lydol : « le slam est un style musical à part entier »
By Walter Badibanga
15 Mar 2019 - 10:10
Jeune artiste camerounaise, Lydol fait du slam. Elle nous livre sa vision sur ce genre musical et son avenir en Afrique. Elle évoque également son nouvel album Slamthérapie publié en 2018.
Bonjour Lydol, quelle est ton actualité musicale ?
La promotion de l’album Slamthérapie se poursuit. Je viens de présenter officiellement le clip d’une des chansons de l’album « LeNdem ». Par ailleurs, je suis nominée dans la catégorie révélation musicale au Canal 2’Or 2019* (une grande victoire pour le slam qui en général n’est pas associé à ce type d’événement).
Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas le slam, comment pouvez-vous le définir ? Une poésie ou un style musical ?
Le slam pour moi c’est beaucoup plus qu’une passion, c’est un métier. Slamer, c’est communiquer, mettre rythme, rime, vers et voix ensemble pour transmettre des émotions, partager des sentiments. Il s’agit d’un style musical à part entier qui allie poésie, rap, théâtre, musique et conte. Au-delà d’être un moyen d’expression, c’est une thérapie.
Que ce qui vous avez motivé à faire du slam, alors que la tendance actuelle est plutôt afropop ?
Je n’ai pas choisi le slam, c’est le slam qui m’a choisi (sourire) quand j’ai commencé à écrire je ne savais même pas qu’une discipline pareille existait. J’écrivais pour me libérer et me sentir mieux, mais aujourd’hui, je n’écris plus seulement pour moi. De la même façon que les mots m’ont aidé, je souhaite qu’ils aident d’autres personnes. En plus, le slam a besoin de personnes pour le défendre si tout le monde fait de l’afropop le slam mourra (chez nous) et c’est pareil pour toutes les disciplines. Si on souhaite qu’elles avancent, il faudra qu’on les porte.
Avec un diplôme de master en sciences économiques, vous auriez pu avoir une belle carrière dans une grande banque. Pourquoi avez-vous choisi de faire la musique ?
Qu’on le veuille ou pas la société nous impose beaucoup de choses, mais s’il y a bien des moments où je me sens vraiment moi, c’est lorsque j’écris et lorsque je suis sur scène. J’ai décidé de continuer mes études parallèlement à la carrière que j’essaye de construire pour plusieurs raisons : je suis l’ainée de ma famille et mes parents m’ont toujours répété que l’école, c’est important. Je fais une thèse de doctorat parce que l’économie me passionne, mais aussi pour montrer à mes cadets qu’il est possible d’allier études et passion.
Et même si c’est difficile des fois avec une bonne organisation, on parvient à s’en sortir. D’un autre coté il n’est pas exclu d’être dans un bureau 8 h par jour et slamer le reste du temps.
[video:https://www.youtube.com/watch?v=riMQQeskfZI width:853 height:498 align:center autoplay:0]Vous êtes coordonnatrice du projet sciences Slam Cameroun et vous animez également des ateliers sur le slam. Comment percevez-vous le potentiel de cette musique et son avenir au Cameroun et dans le reste de l’Afrique ?
Le slam a encore du chemin à parcourir afin de conquérir les cœurs au Cameroun et en Afrique, mais si on continue à faire en sorte que chaque jour 10 personnes nous découvrent en un an ça fait des milliers de personnes. Aujourd’hui, il y a comme une vague slam… On existe et aux yeux du monde, on compte, les slameurs commencent à prendre part aux évènements d’envergure et à être impliqués dans de grands projets artistiques. Il y a un réseau panafricain de slameurs. On se connaît quasiment tous. Il y a une belle évolution en Afrique et le slam est de moins en moins considéré comme un art mineur. En multipliant les projets tels Science Slam, Slam’Up ou Style Haut à Stylo, on se rend compte qu’il y a plein de personnes qui ont juste besoin d’un cadre d’expression.
« Slamthérapie », le titre de votre album sorti en 2018 est révélateur. Quelle thérapie le slam peut-il apporter aux maux de notre société ?
Soigner les maux par les mots, c’est le projet de Slamthérapie. Il se décline en plusieurs étapes. La première est de parler du problème parce que beaucoup des fois, on ne se rend plus compte qu’il y a des problèmes, à force de vivre des situations (pour la plupart médiocres) on se dit que c’est normal (puisque ça fait longtemps que c’est comme ça) et pourtant, ce n’est pas le cas.
Il est important de prendre conscience de ce qui fonctionne et ce qui le fait moins (confère le titre « Le Ndem »). Ensuite, en plus de divertir, on essaye de proposer des solutions pas dans le sens de rendre coupable ou responsable telle ou telle partie, mais de faire en sorte que les gens identifient le rôle qu’ils ont à jouer dans le processus de résolution du problème (en référence au morceau « Comme Toi »). En troisième point comme toute forme d’art, on essaye au quotidien de poser des sourires dans les yeux des personnes qui nous écoutent.
[video:https://www.youtube.com/watch?v=i8kVlKOFyPc width:853 height:498 align:center autoplay:0]
Quels sont les défis auxquels vous faites face en tant que femme artiste ?
Le véritable problème qu’ont les femmes et ce peu importe le domaine est qu’elles sont presque toujours sous-estimées. En tant que slameuse, il me faut fournir deux fois plus d’efforts pour que ma voix soit entendue. Sans oublier tous les clichés et préjugés qui planent au-dessus de nos têtes.
En 2016, vous avez participé à l’émission « L’Afrique a un croyant talent ». Vous avez émerveillé le jury composé d’Angélique Kidjo, Fally Ipupa et l’humoriste franco-ivoirienne Claudia Tagbo. Quelle expérience avez-vous tiré de cette participation ?
Ce programme a ouvert une grande fenêtre pas seulement pour moi, mais pour le slam. Cette compétition (même si je n’ai pas gagné) m’a permis de me surpasser. Vu son importance, j’ai travaillé des textes et des techniques de scène qui me servent encore aujourd’hui.
Vous étiez en février, un des artistes invités au festival Sauti za Busara à Zanzibar. Comment le public, majoritairement anglophone, a accueilli votre musique ?
Zanzibar était magnifique. Sauti za Busara fait partie de mes plus belles expériences. Un public chaleureux, quand l’art dépasse la barrière linguistique.
Faire du slam, de la poésie dans un environnement majoritairement rythmé pousse à se surpasser. J’ai été super émue d’avoir l’attention du public même quand je slamais sans aucun instrument de musique et de le voir se lever pour danser avec moi à la fin.
Quels sont vos projets pour l’année 2019 ?
On essaye chaque jour de marquer des pas. Pour l’année 2019 en plus de prendre part à divers événements nationaux et internationaux, on poursuit le #SlamthérapieAfricaTour (la tournée pour la promotion de mon nouvel album).
La deuxième édition du festival Slam’Up dont je suis co-promotrice se tiendra au mois d’avril dans quatre villes du Cameroun à savoir Yaoundé, Bangoulap, Douala et Dschang et la prochaine édition de Science Slam Cameroun aura lieu au mois de juillet au Goethe-Institut Cameroun. En ce moment, je travaille sur un projet de livre qui paraîtra, je l’espère en fin d’année. On y croit #LeSlamYArrivera.
* Le Canal 2 d’Or de la révélation musicale a été remporté par la chanteuse Nabila.
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