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Opportunités musicales au Tchad

inhoushe.wa

By inhoushe.wa

23 Nov 2017 - 01:21

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  • Par Jean-Pierre Kila Roskem

Parler d’opportunités pour les professionnels de la scène musicale au Tchad c’est s’intéresser aux actions de l’État qui a créé le Fonds National d’Appui aux Artistes (FONAT) et les Maisons des Quartiers (MDQ).

Instrumentistes traditionnels du Tchad (Photo) : i.pinimg.com

Le Tchad traverse une crise économique qui restreint considérablement la mise en œuvre des activités étatiques dans tous les domaines dont la musique. Les chanteurs et instrumentistes bénéficient plus souvent d’opportunités initiées par des organismes liés à des pays étrangers tels que l’Institut Français. Les autres mécènes des artistes vivant au Tchad sont l’Église catholique, les sociétés privées et des organisations non gouvernementales (ONG).

Opportunités de formations : formations et réduction des financements publics

Les opportunités pour les acteurs culturels au Tchad doivent être perçues à deux niveaux : central et périphérique.

Le niveau central se traduit par l’existence d’une direction générale de la culture dont les attributions s’étendent à l’encadrement des activités, c’est-à-dire, l’étude et le suivi des initiatives culturelles et artistiques sur l’ensemble du territoire national.

Cependant, la réalisation des orientations stratégiques clairement définies dans les textes administratifs n’est pas toujours effective à cause du manque de moyens matériels, financiers et humains. À cause de la persistante baisse des cours du pétrole, la principale ressource du pays, d’importantes coupes budgétaires ont été annoncées en juin 2017[i]. Plus tôt en février 2017, même les élections législatives avaient été reportées faute de budget[ii].

La rareté des ressources est un des blocages rendant souvent le ministère peu crédible vis-à-vis des acteurs de la scène musicale. Ces derniers ne se privent pas de dénoncer l’absence de soutien gouvernemental[iii].

Les opportunités pour les artistes au Tchad se perçoivent aussi au niveau périphérique, grâce à la mise en œuvre de la politique de « décentralisation culturelle » qui a pour but d’apporter la culture aux populations.

Entre autres actions le plus souvent évoquées : les Maisons de Quartiers (MDQ) à N’djamena. Ce sont les lieux où des talents musicaux peuvent s’exprimer dès leur jeunesse. Ces MDQ, sont parmi les rares lieux de formation de chanteurs. La formation qui y est donnée est soit faite par des artistes ayant eu l’opportunité d’apprendre hors du Tchad, soit totalement autodidacte, les artistes (chanteurs, instrumentistes) apprennent leurs métiers en le pratiquant et en expérimentant, car il n’existe pas un véritable cursus musical.

Malheureusement les quatre MDQ créées en 2009, n’ont pas la même vitalité. Ces structures connaissent des problèmes de gestion parfois si graves qu’ils ont causé la suspension des activités de 3 des 4 MDQ.

Seule la MDQ de Chagoua dans le 7e arrondissement a une notoriété reconnue et positive qui s’étend au-delà même de ses limites géographiques.

[video:https://www.youtube.com/watch?v=DQvjIGDpYfE width:850 height:480 autoplay:0]

Les financements attribués par le ministère de la culture sont un autre volet des opportunités destinées aux musiciens tchadiens. Parmi ces sources de financement on peut citer : le Fonds National d’Appui aux Artistes (FONAT) créé en 2011. Sa mise en place a permis de financer des festivals de musique tant à N’djamena que dans les villes secondaires du pays.

Toutefois, il est à noter que cet appui se fait de manière ponctuelle et son octroi ne fait pas l’unanimité parmi les acteurs culturels. Certains qualifiant d’opaque la gestion de ce fonds, dont aucun décret d’application n’a permis de fixer le moyen d’acquisition des ressources.

Initialement 1% des revenus issus des marchés publics étaient censés alimenter le FONAT. Puis le pourcentage annoncé a baissé passant de 0,75% à 0,50%, frôlant 0,25 avant de remonter à 0,50%.

Bref, l’intervention publique offre théoriquement des opportunités pour le développement musical. Ces initiatives traduisent un volontarisme évident mais la portée de ces actions est parfois limitée.

À cause de la raréfaction des ressources financières, en juin 2017, le Fonds National d’Appui aux Artistes (FONAT) l’Office Tchadien du Tourisme (OTT) et l’Agence Nationale de Développement de l’Artisanat (ANDA) ont été fusionnés en une seule structure appelée Office National de Promotion du Tourisme, de la Culture et de l’Artisanat (ONPTA)[iv].

Au Tchad, le réseau de salles d’activités construites par l’Église catholique constituent aussi des lieux d’apprentissage. Les centres « Don Bosco » jouent ce rôle. Autre possibilité de formation : les chorales, ce sont des groupes dans lesquels il est possible d’apprendre le solfège et les techniques de chant.

Bourses de mobilité, Festivals et scènes offertes par des acteurs non étatiques

Grâce aux bourses de mobilité telles que le Fonds d’aide à la circulation des artistes de l’Organisation Internationale de la Francophonie, certains artistes tchadiens peuvent participer à des festivals organisés dans leur pays comme le festival de musique N’Djamvi, organisé par le Réseau culturel et artistique pour la formation et la Francophonie (RECAF). La 11e édition[v] se déroulera du 20 au 22 décembre prochain à N’djaména et du 23 au 24 décembre 2017 à Koumra (552 km de la capitale).

Autre initiative, le Festival International des Cultures Sahariennes (FICSA). La 4e édition a eu lieu du 23 février au 9 mars 2017. Le FISA a bénéficié du soutien du président tchadien Idriss Deby Itno et l’implication de l’ancien directeur général de l’OTT, M. Mahmoud Younous.

En musique urbaine, la 4e édition du festival « N'Djam s'enflamme en slam » s'est tenue du 23 au 29 octobre 2017 à l'Institut Français de N'djamena avec la contribution financière de l'ambassade des Pays-Bas.

Le terme « acteur non étatique » désigne toute entité ne relevant pas de la puissance publique tchadienne ou européenne. Ce sont, entre autres, les organisations diplomatiques, les organisations humanitaires, les médias et les sociétés commerciales dont les actions offrent des opportunités de visibilité, de notoriété ou purement économiques pour les auteurs, compositeurs et interprètes tchadiens.

Les représentations diplomatiques participent à la vie culturelle et artistique au Tchad. C’est le cas de l’ambassade de France à travers l’Institut Français du Tchad.

L’Institut Français donne l’opportunité aux artistes tchadiens de se produire dans des salles de spectacle équipées répondant aux normes internationales.

En outre, en tant qu’institution internationale au Tchad, l’Institut Français du Tchad constitue, pour de nombreux artistes, une voie d’accès à une carrière internationale grâce à l’organisation des grands événements comme la Fête de la Musique tous les 21 juin.

Les artistes bénéficient aussi outils de travail tels que : la connexion à l’internet à haut débit. L’accès au web est sans doute l’un des efforts les plus importants dans le contexte tchadien, vu les difficultés d’accès à cet outil à N’djaména.

En permettant aux artistes d’accéder aux technologies de l’information et de la communication, l’IFT participe non seulement à leur visibilité mais aussi à la construction de leur modernité grâce à l’utilisation de plateformes permettant par exemple d'utiliser des outils de traitement de son.

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Plusieurs Organisations Non Gouvernementales (ONG) basées au Tchad créent des opportunités pour les artistes. Malaria No More est une ONG travaillant pour l’éradication du paludisme, l’une des premières causes de mortalité au Tchad.

Cette ONG a produit un hymne contre le paludisme. Le titre a été chanté par un collectif de musiciens en 2011. Jusqu’en cette fin 2017, ce titre est régulièrement diffusé par les médias.

En demandant à des artistes ayant une notoriété nationale d’être ambassadeur de la lutte contre le paludisme, l’ONG a offert à la fois une occasion d’être visible et une opportunité de sillonner le Tchad pour chanter dans le cadre des activités contre le paludisme.

Les entreprises commerciales offrent aussi des opportunités aux artistes. Les sociétés de téléphonie telles que Tigo et Airtel organisent parfois des concours nationaux ou régionaux pour découvrir des jeunes talents.

Ces sociétés de téléphonie organisent aussi des soirées de gala et de dîners. Des artistes musiciens y sont souvent invités à chanter.

Le lancement des nouveaux produits et les promotions-ventes sont également des occasions particulières au cours desquelles la musique et les interprètes sont sollicités pour des prestations rémunérées.

Notons enfin que les sociétés commerciales basées au Tchad organisent parfois des concerts grand public en plein air comme l’espace « Festafrica[1] » à N’djamena. À l'occasion de ces spectacles, ces entreprises font venir sur scène des musiciens locaux et internationaux.

Conclusion

Les opportunités pour les artistes musiciens au Tchad proviennent moins de l’État que des acteurs étrangers tels que l’Institut Français. Les efforts de l’État pour créer un environnement offrant des opportunités aux artistes sont bloqués par la crise économique causée par la baisse des prix du pétrole brut, l’une des principales ressources financières du pays.

Bibliographie
BECKER Howard. Les mondes de l’art. Paris : Flammarion, 1988, éd. 2006.
BUREAU Marie-Christine, PERRENOUD Marc, SHAPIRO Roberta (éds). L’artiste pluriel. Démultiplier l’activité pour vivre de son art. Lille : Presses Universitaires du Septentrion, 2009.
DUBOIS Vincent. La politique culturelle: genèse d'une catégorie d'intervention publique. Paris : Belin, 1999.
KILA ROSKEM J-P. (2014) L’émergence d’une scène musicale à N’Djamena : identification des acteurs et des territoires, Thèse de doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication. Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse : Avignon.
LAORO Gondjé. Maisons de la Culture : des potentialités mal exploitées. N’Djaména : Tchad et Culture n°285, mars 2010, p. 24-25.
LAORO Gondjé. Tchad : radioscopie des festivals. N’Djaména : Tchad et Culture n° 282, Décembre 2009, p. 22-23.
[1] L’espace Festafrica constitue un lieu symbolique à N’Djamena, parmi les rares scènes, où la plupart des festivals de musique sont organisés.
[i] http://www.journaldutchad.com/article.php?aid=11123
[ii] http://fr.africanews.com/2017/02/03/tchad-report-des-legislatives-faute-de-budget//%
[iii]
http://www.alwihdainfo.com/Tchad-Le-ministere-de-la-Culture-blame-dans-le-nouvel-album-de-Diego_a9022.html
[iv] http://tchadinfos.com/tchad/nomination-abakar-rozi-teguil-prend-les-renes-de-lonpta/
[v] http://www.zamaninfos.com/tag/la-11eme-edition-du-festival-musical-ndjamvi/

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