RDC : Djoman, dans les pas de Kery James
By Françoise-Ramel-Flageul
09 Avr 2021 - 15:58
Joël Mahamba, alias Djoman, est l’heureux lauréat 2021 du concours international Chansons sans frontières. Poète et slameur de 22 ans, l’artiste est né et vit à Butembo, dans la province du Nord-Kivu en RDC, une région en tension.
« Emah », son texte choisi pour le 1er prix parmi 1164 propositions traduit la détresse des populations victimes d’insécurité.
Djoman dédie d’ailleurs ce prix à toutes les victimes de massacre de par le monde et spécialement aux habitants de Béni, située à 54Km de Butembo dans la région des Grands lacs.
Fils d’un professeur er d’une infirmière, Joël Mahamba trouve dans l’écriture un exutoire mais aussi la force de se forger un destin, une légende, par le seul pouvoir des mots,
Il parle swahili et kinande. Il perfectionne son français en lisant Hugo ou Lamartine.
« Si je n’avais feuilleté les œuvres de ces immenses écrivains, ma plume serait leste, j’irai jusqu’à dire fragile. La force que porte leur pensée n’est pas à comparer avec la poésie d’aujourd’hui, dite moderne. Elle est puissante. » Djoman
Une première scène à 20 ans
Djoman n’a encore jamais voyagé, pas même jusqu’à Goma, cité touristique connue pour le festival Amani, qui aura lieu du 4 au 6 juin. Il rêve d’y être programmé.
Sa toute première scène, il la partage en novembre 2018 à Butembo grâce au collectif La plume d’Or. Chaque mercredi depuis, il participe à des ateliers d’écriture thématiques. Mais c’est chez lui qu’il écrit, dans cahiers qu’il appelle son royaume des rimes.
En 2019, il fait ses premiers pas dans le slam. C’est sa façon à lui de combattre avec pour seules armes, une conscience et l'énergie des textes que porte sa voix.
Ses références sont Grand Corps malade et le rapeur engagé Kery James, dont le titre « Rester en vie » ne le laisse pas indifférent.
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Depuis 2020, il correspond avec Ariane Vitalis jeune auteure française. « Ce que j’aime chez elle, c’est son intelligence. Elle est déterminée et ambitieuse. Son regard m’aide dans mon travail d’écriture. » Djoman
Joël Mahamba travaille sur deux recueils de poèmes. Le premier s’intitule Teze, contraction de Terni Zénith, comme si l’obscurité avait éteint les lumières du firmament.
C’est d’ailleurs l’image que l’auteur utilise pour parler de Béni, terre baignée d’amertume où le ciel a perdu son soleil, où les enfants boivent la tragédie dans la coupe du Diable.
L’autre recueil, « Les chansons noires et blanches » s’inspire directement du thème du concours Chansons sans frontières. Djoman y trace un chemin de l’ombre à la lumière, du désespoir à l’espoir.
Ce n’est sans doute pas sans lien avec le formidable appel d’air que lui offre ce premier prix international qui tombe à point nommé pour prendre son envol vers des sphères plus propices à la création.
La France, là où tout commence ?
Une de ces chansons évoque le maître à penser du jeune congolais, Kery James. « Ton art, ton rap est si géant qu’il plane sur tous les espaces. Comme toi Kery je serai un soleil pour mes petits frères. Je combattrai, je combattrai pour leur apporter des lumières. » Djoman
Djoman est attendu le 17 juin à Caen pour la soirée de remise des prix Chansons sans frontières. Il a conscience que ce déplacement est un rendez-vous important au-delà des retombées espérées pour sa propre carrière.
A Caen, il veut attirer l’attention sur la situation dramatique dans sa région et témoigner du manque d’opportunités à saisir pour les nombreux artistes qui y vivent.
« Nous sommes comme des livres dans des tiroirs jamais ouverts », explique-t-Il lors de l’interview exclusive accordée à Music in Africa.
Joël Mahamba déplore l’absence de structures culturelles à même d’accompagner les artistes dans leur démarche de création, de professionnalisation, leur besoin de mobilité. La Plume d’Or a joué ce rôle indispensable. Chansons sans frontières assure aujourd’hui un relais tout aussi essentiel.
La seule fenêtre ouverte sur le monde pour les jeunes isolés comme Djoman, c’est la publication de leurs textes sur les réseaux sociaux, à défaut d’autre vitrine, d’autre lieu d’expression de leur talent. Alors parfois, ils envoient leur message dans une bouteille jetée à la mer, comme ces quelques mots adressés à Kery James et Soprano, à retrouver dans « Les chansons noires et blanches », quand ce recueil de poèmes trouvera son éditeur.
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