Djamel Laroussi

Interview Djamel Laroussi

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By editor.wa

04 Nov 2024 - 10:00

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Djamel Laroussi est un musicien algérien dont le parcours artistique riche et diversifié témoigne de la vitalité et de la richesse de la musique algérienne. Ayant vécu dans plusieurs pays, Djamel a su tisser des liens entre les traditions musicales de son pays d'origine et celles d'autres cultures, notamment à travers sa participation au CANEX WKND 2024. Dans cette interview avec le journaliste de Music In Africa Ano Shumba, il partage ses expériences, ses réflexions sur la musique contemporaine algérienne, et l'importance des collaborations interculturelles. Plongeons ensemble dans son univers musical.

Djamel Laroussi

Bonjour, Djamel, vous parlez de votre honneur de représenter la musique algérienne au CANEX. Qu’est-ce qui vous a le plus touché lors de cet événement ?

C’est un immense plaisir et un honneur de représenter la musique algérienne au CANEX. J’espère qu’il y aura de plus en plus d’événements de ce genre, car l’Afrique regorge de talents dans tous les domaines artistiques. En 2009, j’ai ressenti une émotion similaire lors de mes concerts au Festival panafricain organisé par l’Algérie, qui avait également accueilli l’édition de 1969. Les artistes africains ont véritablement besoin de soutien, et de telles initiatives leur sont extrêmement bénéfiques.

Vous avez joué lors de l’inauguration un medley de vos chansons. Pourquoi avez-vous choisi de chanter en trois langues, et comment cela reflète-t-il votre identité artistique ?

Encore une fois, j’ai été ravi et honoré d’avoir été choisi pour jouer les premières notes au CANEX, puisque ma prestation a eu lieu lors de l’inauguration de l’événement. J’ai joué pendant 10 minutes et j’ai décidé de faire un medley de mes cinq chansons les plus connues, toutes fortement influencées par la musique africaine, tout en conservant la musique algérienne comme fil conducteur. Pour l’occasion, j’ai chanté en trois langues : l’arabe, le kabyle et le français. Je suis né et j’ai grandi en Algérie. J’ai quitté mon pays pour m’installer en Allemagne afin d’étudier la musique à l’Université de Cologne, où j’ai étudié le jazz. Je vis actuellement en Allemagne, mais j’ai également vécu en France, notamment à Paris. Dans les années 90, Paris était un véritable carrefour pour les musiciens africains de tous horizons, réunissant des artistes d’un talent exceptionnel. Nous répétions presque tous dans les mêmes studios, notamment le Studio Plus. C’est là que j’ai eu la chance de rencontrer et de collaborer avec de grands artistes comme Salif Keita, Manu Dibango (que son âme repose en paix), Touré Kunda, Papa Wemba, Cheb Mami (avec qui j’ai joué comme guitariste), et bien d’autres. Ce fut une période incroyable, marquée par l’essor simultané de nombreuses stars. Pour répondre à votre question, il était facile d’imaginer une fusion entre la musique algérienne et celle de l’Afrique subsaharienne et du reste du continent. Cependant, il fallait vraiment comprendre cette nouvelle musique, qui semblait simple au premier abord, mais qui s’avérait en réalité assez complexe à jouer et à maîtriser. Pour moi, cela a été une expérience d’apprentissage extraordinaire. Lorsqu’on tente une fusion, il est essentiel de bien saisir et d’incarner les styles que l’on mélange, ou du moins ceux que l’on comprend et maîtrise, plutôt que de les combiner simplement pour le principe.

En tant qu’artiste ayant vécu dans plusieurs pays, comment ces expériences ont-elles influencé votre musique et votre style ?

Il y a deux aspects à considérer : d’une part, la musique traditionnelle algérienne, comme l’andalou, le chaâbi, le raï et le maâlouf. Pour ces genres musicaux, tout a déjà été fait, et la maturité de cette musique a atteint son apogée. Toutefois, il est important de noter que la musique repose sur trois piliers principaux : le rythme, la mélodie et l’harmonie. Cette dernière est presque absente de la musique algérienne traditionnelle, ce qui laisse une marge d’évolution. Cela dit, la maîtrise de l’harmonie demande de longues études. La plupart des musiciens traditionnels n’ont pas reçu de formation musicale formelle, ce qui rend cette évolution difficile, notamment en ce qui concerne l’acceptation par les puristes. D’autre part, il y a les nouvelles générations, en particulier dans le monde des DJs, dont la plupart ne sont pas musiciens. Ceux qui chantent travaillent souvent avec des producteurs de musique purement commerciale. Ces deux groupes parviennent à en vivre, mais malheureusement, il y a de moins en moins de vrais musiciens. Les conservatoires algériens peuvent en témoigner. Pour répondre à votre question, il est difficile de prédire l’avenir de la musique, car tout change très rapidement aujourd’hui. Quand on voit que Myspace a disparu et que Facebook est de moins en moins utilisé, on réalise que le monde évolue à une vitesse incroyable, ce qui rend difficile de prédire l’avenir de la musique algérienne ou de la musique en général.

Vous avez collaboré avec de nombreux artistes africains à Paris dans les années 90. Pouvez-vous partager un souvenir marquant de cette période ?

À mon avis, les collaborations interculturelles sont très importantes à tous les niveaux, car elles sont mutuellement bénéfiques sur le plan musical. C’est toujours un plaisir d’apprendre un nouveau rythme ou une nouvelle perspective musicale. Il y a des idées que nous ne considérerions jamais sans échanger avec une culture complètement différente de la nôtre. Cela ouvre un champ immense de possibilités, et le plus beau, c’est de pouvoir pleinement incarner ce style d’une autre culture, de l’extrapoler et de l’intégrer dans notre propre musique et culture. Cela donnera inévitablement naissance à quelque chose de nouveau, inspiré par cette autre culture. Quoi de mieux pour la créativité et le développement de nouveaux horizons et styles ? Malheureusement, cet événement n’a pas débouché sur de nouvelles collaborations, car nous nous sommes croisés dans les coulisses, avec le stress habituel des balances et des répétitions. Nous n’avons pas eu le temps d’échanger. Il aurait été utile d’organiser des rencontres entre artistes dans un espace dédié après les concerts, afin de favoriser les échanges et les potentielles collaborations. Juste une suggestion pour les organisateurs !

Vous évoquez la complexité de la fusion musicale. Quels défis spécifiques avez-vous rencontrés en essayant de mélanger différents styles ?

Je porte deux casquettes : celle de Djamel Laroussi et son groupe, où je ne joue et ne chante que mes compositions, et celle de Djamel Laroussi, guitariste accompagnateur. Mon expérience en tant que sideman, aussi bien en concert qu’en studio, avec des musiciens renommés tels que Graham Haynes, Benny Golson, Billy Cobham, Dave Liebman, Stevie Wonder, Richie Beirach, Munyungo Jackson, etc., ainsi que mes tournées à travers le monde, m’ont permis d’observer les réactions de divers publics. Ainsi, mes arrangements et fusions sont conçus pour transmettre un message musical afin que le public puisse saisir l’essence de ma musique, qui n’est rien d’autre qu’une réinterprétation de la musique algérienne de manière moderne et accessible. En effet, jouer de la musique traditionnelle de manière strictement traditionnelle ne résonnera pas auprès d’un public général. En résumé, il est essentiel de bien penser les arrangements tout en les gardant aussi simples que possible pour être compris par un public non averti. Et n’oubliez pas ! Une fois que nous vivons dans un autre pays, nous sommes tous, artistes ou non, des ambassadeurs de notre nation et de notre culture. Alors, il vaut mieux donner le meilleur de soi-même !

Concernant l’évolution de la musique algérienne, comment envisagez-vous l’avenir de la musique traditionnelle dans le contexte moderne ?

Pour les musiciens, il y a deux aspects à prendre en compte : d’une part, les concerts, et d’autre part, le studio pour enregistrer leurs œuvres. Il devrait y avoir beaucoup plus de concerts et de festivals pour que les musiciens puissent en faire une véritable profession et en vivre. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour la plupart d’entre eux. En conséquence, de nombreux musiciens ont d’autres emplois, car la musique reste une activité secondaire, même si leur passion est clairement tournée vers elle. Ce serait judicieux de réfléchir sérieusement à cette initiative pour les musiciens algériens, notamment en cas de chômage temporaire. Plus il y aura de concerts bien rémunérés, moins les musiciens auront besoin d’aide pour enregistrer leurs œuvres en studio. De nos jours, les musiciens, en Algérie comme ailleurs, doivent gérer eux-mêmes leurs réseaux sociaux, ce qui est un travail à plein temps en soi. Ils sont confrontés à un dilemme : doivent-ils se consacrer à la musique ou se concentrer sur les réseaux sociaux ? Il est pratiquement impossible de vivre sans ces plateformes, et les musiciens ont vraiment besoin de soutien pour s’épanouir et créer. Cela dit, la carte d’artiste, récemment mise en place en Algérie, est une très bonne initiative, car elle garantit une pension après 60 ans. Concernant les droits d’auteur des musiciens établis, il serait également souhaitable que les tarifs soient révisés en faveur des artistes.

Vous avez souligné l’importance des collaborations interculturelles. Comment ces échanges peuvent-ils enrichir la scène musicale actuelle ?

J’ai vraiment apprécié les prestations des autres groupes africains présents lors de l’inauguration. Ce serait formidable de collaborer avec chacun d’entre eux, car chaque groupe a apporté une touche unique et intéressante. Cependant, comme je l’ai mentionné plus tôt, je n’ai pas eu le temps de rencontrer ou d’échanger avec qui que ce soit, car l’environnement des coulisses ne favorise pas vraiment les connexions. Peut-être que le CANEX pourrait créer un forum où tous les participants pourraient se connecter, du moins les artistes qui ont partagé la même scène. Quoi qu’il en soit, cela a été pour moi une expérience formidable.

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