La musique africaine : genres, collaborations, réglementations et tendances
By Thomas Ayissi
05 Avr 2018 - 08:57
Globalement l’Afrique peut être divisée en 5 zones : le Maghreb, l’Afrique de l’ouest, l’Afrique Centrale, l’Afrique Australe et l’Afrique du sud.
Outre le hip hop le RnB, le rock, le blues et le jazz que l’on retrouve dans tous les pays africains, chacune des 5 zones a un ou plusieurs pôles et styles musicaux dominants. La musique populaire africaine est aussi un terme qui peut paraître complexe.
Structurellement, les musiques africaines s’organisent globalement sous forme d’ostinato à variation[1]. L’ostinato, étant la répétition régulière et ininterrompue d’une figure rythmique ou mélodico-rythmique, sous-tendue par une périodicité invariante.
Le principe du développement de la mélodie est moins souvent présent en Afrique. Mais les variations peuvent être très complexes et certaines pièces combinent plusieurs ostinatos.
La périodicité s’exprime principalement sous deux formes :
– La forme responsoriale : énonciation d’une série de phrases par un soliste auquel répond un chœur (le répons). Ce répons peut être chanté à l’unisson ou en intervalles parallèles de quartes ou de quintes.
– La forme antiphonale : le chœur, dans la forme antiphonale, reprend telle quelle la phrase énoncée par le soliste.
La périodicité entraîne une division stricte du temps en segments de durée égale. Chaque segment peut se subdiviser en unités mélodiques et/ou rythmiques.
Systèmes scalaires : l’échelle musicale la plus répandue sur le continent africain est pentatonique anhémitonique. C’est donc une échelle de cinq notes qui exclut le demi-ton. Elle offre, par ces quatre renversements, cinq modes de jeu.
23 grandes langues cohabitent en Afrique subsaharienne. Le swahili et le haoussa sont les deux plus importantes car ayant respectivement 100 et 42 millions de locuteurs. Le bambara est la moins parlée avec 2,7 millions de locuteurs.
En Afrique, il y a aussi des langues véhiculaires issues de la colonisation, elles sont au nombre six : l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le français, le portugais et l’Afrikaans.
La zone décrite sous le nom Maghreb regroupe les pays suivants : Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie, La Mauritanie et le Sahara occidentale.
La musique du Maghreb est proche de la musique orientale jouée dans la péninsule arabique. Une musique arabo-andalouse comportant quatre écoles : l’algérienne, la marocaine, la tunisienne et la libyenne.
Parmi les plus genres les plus célèbres il faut retenir par ordre d’ancienneté décroissant : le chaabi et le rai qui est une version modernisée des musiques traditionnelles telles la musique classique.
On constate la présence d’instruments caractéristiques tels quel le guembri qui est un type de luth.
L’Afrique de l’ouest regroupe les pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
Cette zone a quatre influences musicales majeures : d’abord l’afrobeat du Nigéria, ensuite les rythmes tradi-modernes tels le mbalax, la musique mandingue et ses dérivés, enfin la musique des îles, musique créole de territoires tels le Cap-Vert faite du zouk, du cabo, de la funana.
L’Afrique centrale décrite inclut les pays suivants : Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, São Tomé et Principe, Tchad.
Ici les rythmes majeurs sont : la rumba congolaise ainsi que les musiques influencées et dérivées. Des rythmes tels le cha-cha-cha.
L’Afrique de l’est regroupe les pays suivants : Burundi, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Seychelles, Somalie, Tanzanie. Plusieurs rythmes traditionnels plus ou moins modernisés ont connu un succès international c’est le cas des percussions burundaises, de la menzuma qui est un style de musique islamique d’Éthiopie.
La région Afrique sur sud regroupe les pays suivants : l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, les Comores, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland, la Zambie, le Zimbabwe.
Les rythmes les plus célèbres sont la Marrabenta du Mozambique, le Kwaito de l’Afrique du Sud.
La zone australe de l’Afrique comporte plus de disparités musicales.
Influence de l’économie collaborative sur l’industrie musicale
La collaboration entre artistes peut avoir plusieurs buts :
- Donner de la notoriété en recevant une contrepartie financière : dans ce cas, c’est en général un artiste très connu qui recevra une compensation financière pour chanter en duo avec un artiste ayant une notoriété plus faible.
- Doper mutuellement les notoriétés des artistes participants : dans ce cas, il s’agit d’artistes ayant un statut de vedette dans deux zones géographiques différentes. Chanter ensemble permet à chacun d’être découvert par un nouveau public.
- Respecter une exigence contractuelle : certains labels utilisent les collaborations pour aider les jeunes talents à gagner en notoriété en chantant avec des artistes confirmés. Ce type de duo concerne souvent des compétitions de chant organisées ou diffusées par des télévisions.
- Unir des artistes pour une cause commune, le plus souvent caritative. Les chansons contre la guerre, contre les violences domestiques contre des maladies telles le SIDA appartiennent à cette catégorie.
Globalement, les collaborations entre artistes progressent grâce au développement d’internet et des logiciels collaboratifs permettant de travailler simultanément sur un même projet en se trouvant dans des pays différents. Il n’est plus nécessaire d’être dans le même pays pour enregistrer une chanson en duo. Même pour tourner un clip, il n’est plus indispensable d’être au même endroit.
La collaboration musicale offre des opportunités tant aux artistes confirmés qu’aux jeunes talents. Ils peuvent explorer des styles musicaux différents, toucher des publics plus vastes, diminuer leurs frais de déplacement tout en collaborant plus avec des artistes éloignés.
L’économie collaborative ce sont aussi les chaînes YouTube, les Massive Open Online Courses (MOOC) appelés Formation en Ligne Ouverte à Tous (FLOT). Ces outils permettent à des chanteurs débutants d’apprendre à chanter en regardant des leçons de chant ou de management artistique données par des artistes confirmés. L’économie collaborative dans la musique permet également à plusieurs musiciens de travailler ensemble sur un projet, même s’ils sont éloignés physiquement. Ainsi de nombreux sites, plateformes et réseaux sociaux dédiés aux musiciens voient le jour chaque année.
Réglémentation de l’industrie musicale
La première convention régissant le droit d’auteur est celle de Berne[2] le 9 septembre 1886, puis complétée à Paris le 4 mai 1896. Les droits des artistes interprètes sont reconnus depuis 1960
Les pays africains n’ont pas tous signé et décidé d’adopter la convention de Berne sur le droit d’auteur. Il y a globalement quatre groupes[3] :
Les pionniers ont signé et appliqué ces textes entre 1880 et 1930. C’est un groupe de 3 pays : le Maroc, l’Afrique du Sud et la Tunisie. La Tunisie est le seul pays africain ayant signé en même temps que la Belgique, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, la Suisse.
Le deuxième groupe est constitué des pays ayant signé et appliqué la convention de Berne après les indépendances survenues dès 1960. Il s’agit des 10 États suivants : Bénin, Burkina Faso, Gabon, Côte d’Ivoire, Congo, RDC, Niger, Mali, Madagascar et Sénégal.
Les troisième et quatrième groupes sont constitués des pays ayant signé la convention de Berne entre 1975 et 2016. Il s’agit des 21 États suivants : la Centrafrique, l’Égypte, la Guinée, la Libye, la Mauritanie, le Tchad, le Togo, l’Algérie, le Botswana, le Burundi, le Cap-Vert, la Guinée Équatoriale, le Kenya, le Lesotho, le Libéria, le Malawi, le Nigéria, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie et Zimbabwe.
La révolution numérique et internet sera prise en compte avec la signature le 20 décembre 1996 du Traité de l’OMPI sur le droit d’auteur (WCT). Le texte entrera en vigueur le 6 mars 2002[4].
Cette période marque la fin du processus de déclin des studios de production traditionnels et l’amorce du processus de dématérialisation.
Marketing artistique
La dématérialisation des supports musicaux physiques a eu plusieurs conséquences dont : la baisse du nombre d’albums publiés et l’augmentation du nombre de singles. Autre conséquence de la dématérialisation : la baisse considérable des ventes de disques. La musique étant disponible sur YouTube, il est compliqué d’en vendre surtout dans les marchés à faible pouvoir d’achat.
Les artistes ont dû se transformer en marques et faire un marketing de l’image plus important (branding). Le numérique a aussi eu comme conséquence la multiplication du nombre d’artistes présents dans la scène musicale. En revanche, il est plus compliqué de financer les albums.
Les studios de production ayant disparu, les nouvelles entités ayant émergé sont confrontées à la concurrence des labels européens installés en Afrique tels :Universal Music Group qui a signé avec le congolais Fally Ipupa en 2013, après 10 ans de carrière musicale. DJ Arafat également a signé avec Universal en 2014. Le camerounais Manu Dibango est aussi sous contrat avec Mercury Records, une filiale d’Universal.
Good Music, le label de Kanye West qui a signé avec le chanteur nigérian D’banj qui a gagné 2 MTV Awards.
KonvictMuzik le label du chanteur Akon a signé en 2011 avec le nigérian P-Square
Roc Nation Records le label créé par Jay-Z a signé en 2016 avec la nigériane Tiwa Savage.
Sony Music Entertainment Global a signé en janvier 2016 avec le nigérian Davido. Le chanteur camerounais Richard Bona est aussi sous contrat avec Sony.
La musique hip-hop progresse en Afrique aussi parce qu’elle est intégralement électronique et ne nécessite pas l’utilisation d’un orchestre[5].
Tendances en consommation musicale
9.2 milliards d’Euros ont été collectés en 2016 selon rapport 2017 de la Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs (CISAC).
En Afrique, la CISAC a des membres dans 31 pays et travaille avec 36 sociétés d’auteurs. 67 milliards d’Euros ont été collectés en Afrique toujours selon ce rapport de 2016 [6].
La somme collectée en Afrique au titre de droits d’auteurs musicaux représente le 1/120e de la somme mondialement collectée. En terme de population l’Afrique représente 1/6e de la population mondiale. Autrement dit l’Afrique est ultra minoritaire dans l’industrie musicale mondiale.
À cause de cette faiblesse du marché africain, il n’y a pas de chiffres disponibles permettant par exemple de connaitre le volume exact d’albums achetés sur Internet.
Méthodes de production
Le mode de production de CD a été simplifié. Les techniques professionnelles avec des masters ont été abandonnées au profit du numérique et des ‘‘home studio’’. Pour rappel, presser un CD ou un DVD standard à partir d’une matrice n’est rentable qu’au-delà de 3000 unités.
La fabrication CD/DVD à partir de master ou disque maquette passe par la fabrication d’un disque de verre. Ce dernier est fait à partir d’un disque métallisé à partir de laquelle sont produits les moules.
La majorité des CD/DVD produits en Afrique subsaharienne sont obtenus à partir de la réplication de CD-R grâce à un graveur autonome qui grave une lumière laser dans un substrat chimique photosensible.
Pour survivre les labels se sont diversifiés. Par exemple, le studio Sankara de Didier Awadi a entre autres activités, la production vidéo, l’évènementiel[7].
Distribution (offline and online)
Depuis 2014 Abidjan est devenu l’épicentre de la musique francophone[8]. Universal Music, du groupe Bolloré s’y est installée et Sony Music l’a rejoint en 2016.
Objectifs : professionnaliser le secteur et rentabiliser les œuvres. À l’instar de ce qui se fait déjà au Nigéria, les opérateurs téléphoniques, les telécoms, réfléchissent avec les producteurs à de nouvelles plateformes de distribution musicale.
Au Nigeria l’opérateur téléphonique MTN est devenu le principal distributeur de musique et la source première de revenus pour les artistes.
Plusieurs initiatives de monétisation de la musique ont été lancées ou ont bénéficié d’apport de capitaux. Au Congo, la version bêta de la plateforme Baziks Pulse a été lancée fin septembre 2016. Au Sénégal, la plateforme Muzik Bi a été rachetée par le chanteur, producteur Akon en juillet 2017.
Bibliographie
[1]SimhaArom – Polyphonies et polyrythmies instrumentales d’Afrique centrale (Vol 1)
[2]https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/convention-de-berne.html
[3]http://www.wipo.int/treaties/fr/ShowResults.jsp?treaty_id=15
[4]http://www.wipo.int/wipolex/fr/details.jsp?id=12740
[5]http://www.enqueteplus.com/content/production-musicale-au-senegal-entre-retard-num%C3%A9rique-et-baisse-de-qualit%C3%A9v
[6]http://fr.cisac.org/Actus-Media/Communiques-de-presse/Droit-d-auteur-Montant-record-des-collectes-mondiales-a-8-6-milliards-d-euros
[7]https://studiosankara.com/
[8]http://www.rfi.fr/emission/20170525-industrie-musicale-ouest-africaine-est-plein-boom
Cet article a été publié en partenariat avec African Music Development Programme
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