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Le Gospel au Bénin

Moustapha Patrice Ahounou

By Moustapha Patrice Ahounou

16 Août 2016 - 19:08

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Le quartier latin de l’Afrique connaît un bouleversement musical depuis quelques années avec l’introduction de nouvelles tendances musicales qui font bouger les lignes. C’est le cas du Gospel qui est à l’opposé des musiques dites profanes.

La chorale des Anges. (Photo) : Myette Fauchère. www.myettefauchere.wordpress.com

Le Gospel draine des foules et fait des émules en permanence dans les milieux religieux. Du point de vue qualitatif, le niveau reste insuffisant.

A titre d’exemple, les plus belles chansons diffusées dans les grandes églises au Bénin, dans les temples et même dans les cérémonies mortuaires, sont parfois américaines, nigérianes, ghanéennes ou ivoiriennes.

Cependant, depuis quelques années, de grands regroupements artistiques prennent le pas sous le regard vigilant et professionnel de ​John Migan, véritable chantre de la musique Gospel.​

Etats des lieux

Au regard du parcours des musiciens béninois du Gospel, on comprend très aisément que la transition n’ait pas été facile pour se démarquer de la musique dite profane. Les artistes Gospel n’avaient pas un registre capable de les détacher des autres malgré toute la logistique disponible dans les églises pour son accompagnement.

Le chemin a été semé d’embûches durant de longues années dans ce processus qui a mené à la reconnaissance de ce genre musical au Bénin. Cette reconnaissance ne date que des années 1999, avec le premier Festival international Gospel et Racines initié par l’ancien Président de la République Mathieu Kerekou.

Ce brassage culturel de haut niveau qui se tient à Cotonou 7 jours durant, pour célébrer la réconciliation entre Haïti, Cuba et le Bénin a été le déclic pour l’éclosion des talents du Gospel Béninois parce qu’il a marqué les esprits et continue de faire des émules.

De la famille de John Migan à Arnauld Migan, en passant par Miriam Ayizansi le chantre de l’Eternel, Anna Téko qui bouscule les barrières confessionnelles, Jonny Sourou, le chantre le plus écouté de ces dernières années, Sandra Heriti la consacrée, Sessimè la voix de l’éternel qui fait exploser de joie la jeunesse, Kinzah la douce de l’éternel, Dossi la touchante, il est possible d’affirmer aujourd’hui qu’une nouvelle génération s’installe dans la durée pour faire rayonner la musique du Gospel au Bénin.

Constat et Faits

Malgré cette floraison de talents incontestables sur l’échiquier national et international depuis quelques années dans cette catégorie, la démarcation demeure toujours difficile avec les musiques des églises et des chorales qui ne tolèrent pas du tout l’exploitation abusive des textes et des mélodies à des fins commerciales.

Le Bénin est un réservoir inexploité de musique du genre sur lequel travaillent pourtant de nos jours des analystes musicaux, des compositeurs hors pairs, des arrangeurs de renommée internationale et des chantres de l’éternel. Bref un véritable cercle de professionnels de la musique qui disposent de plus en plus de moyens colossaux mis à disposition par les églises pour relever le défi.

Les résultats obtenus ne sont pas négligeables et l’écart se resserre également grâce à la promotion et la communication, d’une année à une autre, avec les autres musiques. L’autre atout demeure aussi dans la facilité des artistes Gospel à attirer facilement les fidèles, de plus en plus nombreux dans les églises.

Dans un pays comme le Bénin fortement marqué par l’évangélisme, certains chantres de l’éternel comme Anna Teko, s’inscrivent dans une sorte de « religion civile » à connotation chrétienne et entendent promouvoir les notions de pardon, d’intégrité et d’humilité tout en étant disponibles pour animer les scènes dites du monde à travers concerts et autres.

Source d’inspiration religieuse

Les artistes béninois toutes tendances confondues deviennent de plus en plus attachés aux rythmes et folklore du terroir, tout en s’inscrivant dans un modernisme scénique.

Ceux des musiques Gospel qui manifestent une farouche volonté d’aller vers un professionnalisme avéré, et qui travaillent dans un registre de musiques de recherche, gagnent du terrain avec les folklores adoptés par les églises, à l’instar du rythme Awangbahou chez les Célestes qui connait un succès sans précédent.

Au Bénin, les festivals se multiplient et les émulations deviennent permanentes au profit des chantres, des voix de l’éternel avec des invités de la sous-région. Et comme la stabilité politique du pays facilite des ouvertures et des rencontres internationales au service des églises, de la foi et des religions endogènes, favorisant ainsi le brassage continu d’inspiration gospel avec les musiciens venus d’ailleurs, les artistes béninois de cette catégorie de musique en profitent pour s’améliorer.

On peut citer le Festival Canaan Gospel du Pasteur Ithiel Dossou qui ambitionne depuis cinq années de révolutionner la musique Gospel au Bénin. Pour y arriver, le Pasteur investit de gros moyens pour ramener au pays des stars comme Maggie Blanchard du Canada, Thierry de la France, Jean-Jacques, Rodstar, Marcel Boungou et bien d’autres. Ces chantres émérites viennent se confronter aux talents locaux dont Ange Ahouangonou alias Kinivi, Désiré Kindomihou, Apollinaire Gandonou pour valoriser les louanges et surtout les voix d’ici.

Impacts économiques et culturels

Malgré le fait que les réalités sociologiques démontrent que l’histoire des églises béninoises date de plusieurs années, les musiques Gospel n’impactent pas assez le développement économique bien qu’il y ait des apports importants dans le domaine de l’éducation et du bienêtre social.

Par contre, les artistes en tirent pas mal de bénéfices avec l’écoulement facile des œuvres phonographiques vendues aux adeptes dans les églises et dans les temples, disséminés sur toute l’étendue du territoire.

Evolution des musiques Gospel

On constate depuis quelques années, que la plus grande logistique du matériel de sonorisation vient des églises. Et comme elle constitue une grosse source de revenus dans la création de richesse, on comprend aisément pourquoi les artistes de musique Gospel deviennent la plus grande plateforme de formation des métiers des arts et du spectacle au Bénin.

Les décideurs des églises exploitent au maximum les avantages accordés aux confessions religieuses par les gouvernants sur les exonérations d’impôts, pour importer du matériel de sonorisation et d’équipements de tous genres au profit des artistes et de la grande consommation.

Si l’ambition de la grande majorité des chantres de l’éternel est celle d’apporter à toute la nation béninoise la bonne nouvelle de Jésus-Christ à travers les louanges, « afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle », il est encore évident que le chemin à parcourir est encore long pour le Gospel béninois, même si l’espoir est permis.


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