Le makossa au Cameroun
By In-House DRC
22 Juil 2015 - 10:19
Par Ngbwa Jean Fabrice
Danse, tradition, mais aussi héritage, le makossa est la vitrine culturelle du Cameroun.
L’origine du makossa
Née entre 1952 et 1962, le makossa est une danse initiée par Nelle Eyoum, inspirée de l’ambassbey[i], l’assiko bassa[ii], l’essewe[iii], le bolobo[iv]. Le terme makossa dérive de M’akossa qui signifie les contorsions et de Kossa, cris d’exhortation pour éveiller l’ardeur des musiciens et des danseurs.[v]
Les principaux artistes du makossa
Les acteurs importants du Makossa se répartissent en quatre périodes : 1956-1966, 1966-1976, 1976 à 1986, 1986 à nos jours. Si la première correspond à la fondation de son identité par Nelle Eyoum, Lobe Lobe Rameau, Mouelle Guillaume, la seconde à sa maturation enrichie en orchestration par Manu Dibango, Francis Bebey, Ekambi Brillant, Toto Guillaume, Ebanda Manfred, Eboa Lottin.
La période 1976-1986, celle de son hégémonie rappelle ‘l’ Equipe Nationale de Makossa’ représentée par Manu Dibango, Slim Pezin, Jean Dikoto Mandeng, Vincent Nguini et Toto Guillaume, Aladji Touré, Jean Claude Naimro, Ebeny Donal Wesley, Jimmy Mvondo Mvele, Belinga Ben’s, Freddo, Jean-Marie Ahanda. Elle donnera naissance et lancera d’autres artistes tels que : Dina Bell, Ben Decca, Nkotti François, Bella Njoh.[vii]
La génération 90 et 2000, assiste à la prolifération de plusieurs écoles pro Toto Guillaume et pro Aladji Touré. Elle est dominée par l’avènement de la musique assistée par ordinateur représentée par Albert Broeuk’s[viii], de célèbres bassistes tels qu’Etienne Mbappé, Noel Assolo, Richard Bona, de chanteurs comme Jean Pierre Essome, Hugo Nyame, Séba Georges, Petit Pays, Charlotte Mbango, Rachelle Tsoungui, Bébé Manga, Nadia Ewande, Coco Mbassi, Sissi Dipoko, Rosy Bush, Nguéa la Route, Charlotte Dipanda, Samy Diko, Sergeo Polo, Njohreur, Jacky Kinguè, Guy Manu.
Le succès du makossa au Cameroun
Le succès du makossa a été amplifié au Cameroun par l’avènement de la télévision, diffuseur d’influences exogènes. Des rythmes étrangers qui vont marquer sa structure musicale, vont lui permettre de côtoyer leur seuil de renommé. Le gospel et le chant classique des églises baptistes de Douala contribuent à la formation de Doumbé Eyango et Lottin A Samé qui influenceront Manu Dibango, Eboa Lottin.[ix] La musique high-life, qui émerge entre 1920 et 1930 au Ghana, inspire une structure ‘guitaristique’ au Makossa.[x] Le merengue dominicain entre 1950 et 1960 devient sa nouvelle source d’inspiration[xi].
Au Congo voisin, la rumba submerge l’Afrique et refaçonne le makossa avec Nico, Franco et l’orchestre Cercul Jazznde Brazaville.[xii] Le Funky Disco représentée par de grandes stars comme James Brown, apporte de la nouveauté au makossa avec des cuivres, de nouveaux rythmes de batterie et de jeu de basse.[xiii] La fusion entre les deux styles aboutit aux emprunts même de noms de scènes américains par les artistes locaux tels que Blacks Styles et Georges Dickson.[xiv]
Ces influences contribuent à son hégémonie nationale amplifiée par l’avènement de la Cameroon Radio and Television (CRTV) en 1985 qui jouira d’un monopole de diffusion jusque dans les années 90. Ce rayonnement est favorisé par l’Equipe Nationale du Makossa, creuset du succès de plusieurs stars telles que Ben Decca[xv], Bell à Njoh[xvi].
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Le succès international du Makossa
Le succès international du Makossa s’explique par la qualité de son discours musical, l’expatriation en France et l’avènement de la radio. Entre 1976 et 1986, le Makossa n’est plus seulement une musique figée par 2 à 3 accords parfaits jouée en gamme majeur, de préférence en Sol.[xvii] Au contact des rythmes étrangers, il s’enrichit du ‘finger picking’. Trois guitares, une batterie, des percussions, un synthétiseur, des cuivres, parfois la philarmonique forment de nouvelles figures d’orchestration. Le makossa s’affirme à la Berkley School of Music à New-York où ses lignes de basse sont enseignées entre 1970 et 1980.[xviii]
Le makossa doit aussi son succès international à la prolifération des maisons de disques en France. On peut citer entre autre : Awards International Record, Afro vision Paris, Bbz production, Disques Jojo, Disques Tourena, Dragon Phénix, Eddy’son, Ebeny Record Production, Eyab’s, Fiesta.[xix]. A côté de celles-ci, l’apport d’Africa no1, première radio gabonaise internationale créée en 1981, qui diffuse le makossa en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord à travers son programme Africa-son.[xx]
Le statut actuel et futur du makossa
Si son exportation en Europe a favorisé son hégémonie, cet atout lui sera fatal. Les rythmes locaux, seront dévalorisés au détriment des rythmes étrangers. L’Equipe National du Makossa qui façonne de grandes stars tombe en crise à la suite d’un désamour entre Aladji Touré défenseur d’un makossa moderne et Toto Guillaume, favorable pour un makossa ‘roots’. Le conflit aboutit à l’avènement d’écoles au sein desquelles perdure l’antagonisme. Cette situation est suivie par la baisse de la production du makossa atteint par la crise de la gestion des droits d’auteur[xxi].
Toutefois, le makossa n’arrête pas sa marche. Certains artistes comme Richard Bona, André Manga, Vincent Nguini, Etienne Mbappé, Charlotte Dipanda, Henry Dikongue, Coco Mbassi vont redorer son blazon.
L’influence socio culturelle du makossa
Le makossa a enrichi d’autres genres musicaux tels que le Bikutsi. En effet, c’est à travers lui que l’influence guitaristique de la musique high Life a marqué le bikutsi. Du makossa naîtra des sous genres que sont le mangabolo, le bikutsi Makossa, l’ambassbey-makossa, l’assiko-makossa.[xxii] Son contact avec d’autres rythmes internationaux a donné naissance au soul makossa, salsa makossa, reggae makossa , disco makossa , funky makossa, makossa pop, makossa zouk, soukous makossa, makossa jazz, zingué, afro pop[xxiii].
Le makossa insuffle la mode kaba ngondo, tenue traditionnelle douala qui sera convoitée. Dina Bell, introduit le port du chapeau dit « casquette » Dina Bell,[xxiv] Ekambi Brillant inspire le nom d’une nouvelle chaussure en polyester appelée « Ekambi » [xxv], Manu Dibango dont Soul Makossa est piraté par Michael Jackson dans l’album Thriller, donne naissance au Toyota makossa, inspirée par une promo que l’artiste camerounais fera pour une nouvelle marque de voiture japonaise très célèbre au Cameroun.[xxvi]
Aperçu discographique du makossa
Nous présentons ici quelques albums importants de makossa sortis au Cameroun. « Scène from my life » de Richard Bona sorti en 1999, « African soul » de Manu Dibango publié en 1972, « Mispa » de Charlotte Dipanda lancé en 2008, « C’est la vie » de l’artiste Henry Dikonguè sorti en 1997, « Bwanga bwan » de Ben Decca publié en 1995, « Salamalekum » de Petit Pays paru en 1988. Comme démontré ci-haut, le makossa est l’héritage culturel du Cameroun et de l’Afrique ; certains artistes camerounais sont contraint d’adopter d’autres styles musicaux pour des raisons commerciales mais n’ont toutefois pas abandonné lemMakossa, la musique du pays.
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