Le rap au Burkina Faso
By Herve HONLA
15 Mai 2017 - 10:37
Le mouvement hip-hop au Burkina Faso a connu ces moments de gloire en fin des années 90. Au début, c’est la passion qui guidait ces jeunes, pour la plupart encore à l’école. Près de vingt ans après, 90% de ses pionniers ont carrément changé de métier. Les autres qui sont encore dans le monde de la musique ont opté pour un autre registre musical.
Les années 90 en Afrique ont été marquées par l’avènement du hip-hop. Chaque région s’inspirait des plus prospères.
Par exemple, le Gabon et le Tchad s’inspiraient des rappeurs camerounais, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin des rappeurs sénégalais et ivoiriens. Mais la référence suprême était le mouvement US. Le groupe ivoirien M.A.M et sénégalais Positive Black Soul (PBS) faisaient les beaux jours du rap ouest-africain.
Les jeunes burkinabé n’avaient d’yeux que pour eux et pour celui qui pourrait véritablement les propulser dans ce domaine. En l’occurrence, le journaliste et animateur radio Mister P, en service a la radio Savane FM à Ouagadougou fut cet homme providentiel. Son émission de rap dont la particularité était non seulement de traduire les textes des rappeurs américains en Francais, mais également il consacrait son émission aux jeunes artistes locaux voulant percer.
Des groupes se démenaient par tous les moyens pour obtenir une maquette en studio afin que Mister P la diffuse sur les ondes. Ouagadougou City Breakers (OCB), Mooving Turbo en faisaient partie.
Mais le déclic survint 7 ans plus tard avec la sortie du premier album rap réalisé par Basic Soul intitulé Arrêt sur image.
C’est ainsi que le milieu « rapologique » commence à bouger timidement car ce genre musical était clairement rejeté par les parents et l’opinion nationale qui le considérait comme étant une musique de « vauriens ». Le premier label viendra s’implanter en 1999, dénommé 8e Sens. La compilation Faso Connexion sortira sur le marché avec la participation des groupes tels que Sofaa, Zone One, OBC, Attentat… mais c’est la seconde compilation Chronik Noir sortie en 2001 qui va véritablement défrayer… la chronique.
Mais, il a fallu attendre l’arrivée de Serge Bambara dit Smockey, celui qui est considéré aujourd’hui comme le « Pape » du rap burkinabè pour voir le printemps. Il implante dès son arrivé un studio baptisé Abazon et réalise une compil dénommée La Part des ténèbres. Ce concept ouvre les portes à de nombreux jeunes qui ont abandonné les bancs pour ce lancer dans le rap.
Une chance leur est offerte d’enregistrer soit des maquettes ou des albums de rap. Des jeunes comme Wed’Hyack, Yeleen, Faso Kombat, 2Kas deviennent des icônes et des révélations du studio Abazon. Smockey également se lance dans le marché du disque et sort son premier opus la même année, Épitaphe, cet album connaît un succès sans précédent.
Il se démarque immédiatement par son flow et surtout par son engagement à l’image des titres « Putsch à Ouaga », « Ouaga, ce n’est pas les states ! ». La Censure enregistre son album, Les séquestrés qui crève l’audimat sur l’ensemble du territoire national et au-delà. Le titre « Virée de Lascars » est entonné partout comme un hymne à la jeunesse.
La vraie vague déferlante viendra dès la sortie de l’album du groupe Yeleen : Juste 1 peu 2 lumière. Composé de deux jeunes, l’un burkinabè : Smarty (Kiekieta Louis Salif) et l’autre Tchadien Célestin Mawndoe se hissent de facto comme porte-flambeau du rap et de la musique Burkinabé dans son grand ensemble. Tous les plateaux TV leur ouvrent leurs antennes et même le JT de la télévision nationale. Ils bourlingueront ainsi, durant des années, à travers la sous-région, l’Europe et participeront même au Kora en 2002.
Ainsi le rap commence à se faire une place sur l’échiquier musical du pays. Des concours naissent de partout parmi ces compétitions, le plus crédible et le plus médiatisé était le hip-hop All Star initié par le promoteur Gérald Koala. De nombreux groupes germèrent et enregistrèrent des opus chez Abazon. Dmf, Negramers, Pirattack, Black Marabouts, 3e Régiment, Nb Babs…
Une autre manifestation d’envergure panafricaine le festival Waga Hip-Hop naîtra en 2002. Elle réunissait toute la crème du hip-Hop burkinabé durant une semaine : formation, master class, exposition et spectacles étaient au menu chaque année au mois d’octobre. Des célébrités comme Smockey, Yeleen, Basic Soul, Lennox Lindsay, Daara J, Pee Froiss (Sénégal), Tata Pound (Mali), Movaiz Haleine (Gabon) et bien d’autres convergeaient chaque année à Ouagadougou principalement au centre culturel Français aujourd’hui Institut Français.
Le mouvement connaît depuis une dizaine d’années, un ralentissement considérable dû à plusieurs facteurs. Les pionniers ont jeté l’éponge pour vaquer à des activités plus lucratives. Pour la plupart, élèves et étudiants à l’époque, après leurs études, se sont lancés dans la vie active. Malgré que le rap ait développé une sorte de cohésion en leur sein grâce à l’organisation d’un staff où les managers jouaient un grand rôle, le mouvement s’est plus tard estompé.
Les promoteurs et principaux leaders se sont expatriés. Le « Pape » du rap Smockey, bien qu’il soit resté dans le mouvement, s’est retrouvé en train d’arranger d’autres artistes issus des autres genres musicaux. Le phénomène Coupé-décalé explique également ce ralentissement.
Près de 20 ans après l’éclosion du rap au Burkina, le constat de nos jours, est que d’autres genres musicaux dont le coupé décalé ont contribué à la baisse de l’euphorie d’antan.
Les rappeurs disent aussi que ce sont les « anciens promoteurs qui ont tué le rap car ils n’étaient pas des rappeurs. Ils venaient juste se faire du fric et disparaître. C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé de prendre les choses en main » Dixit Docteur K du groupe Kadjoba, promoteur de Faso hip-hop.
Néanmoins, les rappeurs ne baissent pas les bras et continuent à mettre sur le marché, des albums de belles factures. D’autres festivals ont pris le relais, également. Il s’agit de : Faso Hip-hop, Hip-Hop Wakat etc…
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