Les musiciennes du Nord du Nigéria
By Music In Africa Foundation
24 Août 2021 - 11:56
Le présent article vise à dresser un aperçu du rôle et du statut des femmes musiciennes dans le nord du Nigéria. Il apporte à la fois une perspective historique et une discussion sur les tendances musicales récentes.
Aperçu historique
Les traditions musicales du nord du Nigéria sont à la fois antérieures à l’ère de la charia et à la conquête coloniale britannique. Même si l’histoire de la musique de la région est dominée par des figures masculines, les femmes ont joué par diverses occasions un rôle important dans la composition et l’archivage de la musique, notamment en temps de guerre. Des femmes, telles que Yashe Tsohuwa, composaient et interprétaient aussi en public des chansons pour les principaux dirigeants du royaume du Gobir, tels que Ibrahim Babari (1742–1770), Dan Gude (1770–1776) et Bawa Jangwarzo (1776–1794).
Les musiciennes de la région participaient traditionnellement à la composition des chansons et des danses, lesquelles pourraient être classées dans la catégorie « folk », comme les berceuses et musiques pour enfants (wakokin reno), les chants pour la décoration d’une nouvelle maison ou d’une chambre pour une jeune mariée (wakokin dabe), les chants de travail (wakokin nika) et les chants de dévotion (wakokin bege). Cet héritage musical était interprété comme un moyen pour les femmes d’avoir de l’influence et de revendiquer l’intégration des activités créatives dans les exigences de leurs rôles privés et domestiques.
Au début des années 1980, lorsque les films de Bollywood ont commencé à être introduits dans la région, puis traduits et reproduits en langue haoussa, un nouveau genre musical (wakokin fina-finai) est apparu. Avec le développement de l’industrie cinématographique dans le nord du Nigéria, connue localement sous le nom de Kannywood, à la fin des années 1990, ce style de musique (également appelé nanayé) s’est répandu à travers l’industrie du spectacle dans le Nord. Les chansons Nanayé, qui portent dans une large mesure la narration des films de Kannywood, reposent sur une structure de dialogues entre des chanteurs et des chanteuses, créant ainsi des opportunités de travail pour les musiciennes dans la sphère de la musique populaire. Ces musiciens ont en grande partie appris leur métier dans des groupes de chants religieux.
Le début des années 1980 a également vu certaines femmes du nord du Nigéria émerger en tant que musiciennes populaires. La plus célèbre d’entre elles est Funmi Adams, qui a interprété ses chansons en haoussa en utilisant des formes contemporaines et des instruments modernes.
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Les musiciennes renommées du nord du Nigéria
Parmi les musiciennes notables qui évoluent entre les sphères de la musique religieuse et de la musique de film, nous pouvons citer Maryam A Baba, Binta Labaran (connue sous le nom de Fati Niger), Murja Baba, Maryam Aminu Baba, Maryam Fantimoti, Zainab Baba et Zuwaira Ismail.
Maryam A Baba a composé plus de 5 000 chansons, dont des chants de louanges et des compositions pour l’industrie du film Kannywood. Son single « Sangandale » est considéré comme un morceau significatif de l’implication croissante des femmes dans l’industrie du film du nord du Nigéria.
Maryam Fantimoti – autre musicienne de renom du nord du pays – a commencé à chanter à l’âge de huit ans en tant que membre d’une chorale religieuse islamique, puis dans un groupe mandiri. Puis elle est devenue une figure marquante de l’industrie du spectacle durant sa carrière.
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La musique contemporaine et les femmes dans le nord du Nigéria
La région du nord du Nigéria, régie par la loi de la charia depuis 1999, reste conservatrice et sujette à diverses restrictions culturelles et sociales. Cependant, malgré les enjeux auxquels l’égalité est confrontée, les voix des femmes se font de plus en plus entendre dans la plupart des sphères de l’industrie du spectacle du nord du pays.
On retrouve des animatrices et des chanteuses professionnelles lors de mariages et de cérémonies de baptêmes, de rassemblements politiques, des festivités traditionnelles de Sallah, d’événements religieux (où l’on joue des incantations et de la musique), de programmes gouvernementaux ou d’autres événements sociaux organisés par les entreprises et les institutions. À l’ère de la mondialisation, la pratique du kulle (ou purdah) – l’isolement des femmes par rapport aux hommes et aux étrangers – s’est quelque peu assouplie dans certains cas, donnant lieu à des interactions musicales entre les deux sexes. La modernité a également influencé le contenu de la musique des femmes du nord du Nigéria, comme en témoignent les textes à thèmes, et l’emploi d’instruments et de danses non traditionnels.
Lors de l’édition 2016 des Arewa Music and Movie Awards à Kano – événement annuel organisé par un organisme regroupant musiciens, cinéastes, danseurs et autres artistes populaires du nord du pays – un nouveau prix a été créé et décerné à la meilleure musicienne R&B. Mufida Adnan, plus connue sous le nom de Moofy, a remporté le prix pour sa chanson « Don’t Stop the Music », un titre qui n’est pas sans rappeler dans ses paroles et sa thématique, son idole Rihanna. De la même manière, la rappeuse Hadiza Yau – connue sous le nom de scène, Haddy Rappia – a aussi gagné en popularité dans la région nord conservatrice et musulmane.
Malgré ces succès, les musiciennes n’attirent encore pas assez régulièrement l’attention des organisateurs d’événements et d’autres influenceurs de l’industrie du spectacle. Dans leur quête d’espaces et de plateformes pour développer leur art, les femmes du nord du Nigéria restent encore souvent victimes de discrimination.
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Cet article fait partie du projet Music In Africa Connects, une initiative pluridimensionnelle de développement visant à soutenir les secteurs musicaux des pays africains touchés par des conflits. Pour en savoir plus sur Music In Africa Connects, cliquez ici.
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