professionnels de la musique au Niger

Opportunités pour les professionnels de la musique au Niger

Francoise Ramel

By Francoise Ramel

25 Oct 2018 - 16:34

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Le Niger ne manque ni de voix singulières, ni de belles ambitions artistiques et militantes. Pourtant combien d’artistes abandonnent en cours de route, contraints de donner la priorité à leur survie économique plutôt qu’à leur besoin de travailler à un projet de tournée, d’album ?

(Photo) : Maimari Rasta

La culture est une marque d’identité autant qu’elle est actrice du changement, mais quels changements sont à l’œuvre pour promouvoir les artistes nigériens, leur faciliter l’accès à d’éventuelles opportunités ? Quel chemin se dessine à travers initiatives privées et volonté des pouvoirs publics pour multiplier ces opportunités, concilier temps de création, enregistrement, scènes, promotion de la production culturelle et viabilité économique du métier d’artiste ?

Comme toute l’Afrique, le Niger fournit à la scène internationale de grand-es artistes qui contribuent au rayonnement du pays. De là à poser le constat qu’il est possible de vivre de sa musique, que les opportunités existent pour tout-e jeune artiste qui rêve de suivre la voie ouverte par ces musiciens et musiciennes ayant réussi à franchir les frontières, ce serait crier victoire au cœur de la bataille.

Afin de ne pas occulter certaines réalités politiques et économiques, cet article s’appuie sur plusieurs témoignages, dont celui de Seydou Assoumane plus connu au pays sous le nom de Suprême, dit Maimari Rasta depuis qu’il œuvre en solo. Nous avons croisé la route de cet artiste au CCFN Jean Rouch en compagnie de Rabo Mato, le « Tonton » connu de tous à Niamey, aujourd’hui en retraite après trente-cinq ans de carrière dans l’administration d’Etat, au service du développement de l’action culturelle. Rabo Mato continue d’enseigner l’éducation musicale, sa première passion, et ne manque jamais d’être à l’écoute des artistes qui sollicitent son expérience.

Beaucoup de régions en prise avec des réalités socio-économiques complexes voient la culture reléguée au second plan dans la hierarchie des priorités des Etats. Le Niger est une toute jeune démocratie qui n’échappe pas à la règle.

Sur la base de rapports produits par l’OIF et l’UNESCO et sous l’influence d’experts internationaux, des efforts de structuration du secteur culturel ont marqué cette décennie. Leur efficacité tarde cependant à se faire sentir, les bilans semblent inexistants, le secteur musical est toujours en quête de reconnaissance institutionnelle et d’appui pour favoriser l’émergence et la mise en place de projets concrets.

En 2012, un Comité National d’étude et de proposition, d’attribution d’aides aux acteurs culturels, a été créé par le gouvernement en place. La façon dont l’enveloppe budgétaire allouée à différents projets suscite alors un tollé général. Deux ans après, un décret renouvelait la composition de ce comité. Il existe au Niger toute sorte d’organismes visant à flécher des financements et à identifier des porteurs de projet. Tous sont cités dans un rapport de l’UNESCO publié en 2018 soulignant que les progrès constatés dans la mise en place de politiques culturelles demeurent fragiles.

Comme l’atteste l’extrait du rapport sur la diversité des expressions culturelles, le pays a devant lui plusieurs défis à relever pour conforter l’énergie investie collectivement dans cette vaste ambition qu’est le soutien au développement culturel et l’accompagnement de l’initiative via la mobilisation des pouvoirs publics sur ce chantier sans doute encore considéré comme moins prioritaires que d’autres.

« appropriation encore insuffisante des enjeux de la convention 2005 de l’UNESCO, absence d’évaluation systématique des projets et programmes mis en œuvre dans le secteur, faible développement du système d’information en matière de culture, non prise en compte des produits économiques des échanges de biens et services culturels, insuffisance des ressources humaines, financières et matérielles en quantité et en qualité, faiblesse du cadre institutionnel et juridique, insuffisante synergie d’action entre les différents acteurs publics, mais aussi privé et notamment la société civile »

La création du statut de l’artiste en février 2018 permet de s’autoriser à une once d’optimisme, ainsi que l’ouverture à l’Université d’un Master Arts et Culture dont la première promotion pourra apporter une expertise utile à l’issue des soutenances d’octobre et novembre.

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Il était en effet impossible de se former au Niger en matière d’expression artistique et de management culturel, or seule une portion infime de la jeunesse a la possibilité d’étudier, souvent au prix de grands sacrifices. Alors choisir la culture, s’il faut en plus se saigner pour décrocher un diplôme à l’étranger !Signe des changements en cours, cette même université est chef de file d’un nouveau programme de coopération 2017-2021 co-financé par le Niger, la France et la Suisse à hauteur de 2.000.000.000 de Francs CFA, soit 3 048 980 €.

Reste à savoir si les mentalités sont mûres pour opérer les mutations nécessaires et examiner avec recul ce qui a fait défaut aux groupes, aux musicien-nes qui se sont cassés les dents jusqu’à présent. C’est à cette condition première que l’artiste et tous les professionnels qui concourent à la création musicale se sentent reconnus dans leur rôle social spécifique, soutenus dans ce qu’ils et elles estiment être l’exercice de leur responsabilité civique, que les énergies pourront s’exprimer et donner tout son sens au travail engagé collectivement.

Offrir et communiquer sur des opportunités, d’hypothétiques progrès, c’est utile et nécessaire. Construire la confiance, redonner une raison d’être aux acteurs qui sont les garants d’une qualité singulière, d’un son « Made in Niger », pour qu’ils et elles se saisissent d’un chantier national dont certains se sont sentis écartés, exige non seulement une réelle prise en compte des urgences en matière de culture, mais aussi de définir un cap sur une ligne d’horizon.

A l’exemple du témoignage de Maimari Rasta, de nombreux artistes nigériens ayant eu la chance de croiser l’aide bienvenue, d’un étranger, d’une ONG, ont dû renoncer à leur souhait de poursuivre dans la musique.

Pour Maimari, l’histoire a commencé avec la création d’un groupe en 1998, puis plusieurs tournées au Niger, un premier album en 2002, le tout avec l’appui de Links développement. Contexte ? Sensibiliser sur le drame du SIDA. Depuis l’artiste ne s’est jamais détourné de cette vision du rôle avant tout social et formateur que représente pour lui l’acte de chanter, d’aller à la rencontre des publics partout où l’occasion lui en est donnée.

Les choses se compliquent dès la production du 2ème album. Une véritable épreuve se souvient l’artiste qui dresse un constat sévère après maintes tentatives pour défendre ses projets auprès des institutions. Selon lui, si un des enjeux de la culture est de contribuer à l’évolution des mentalités, il y surtout des mentalités à faire évoluer pour lever les freins qui bloquent le développement du secteur culturel.

Chanter pour chanter, ce n’est pas pour nous, confie-t-il, compte tenu des injonctions du gouvernement qui demande l’effort de chacun pour le bien-être de tous, chacun a la responsabilité de se demander ce qu’il peut faire pour son pays.

Amer, il explique qu’il faudrait déboulonner des systèmes qui empêchent la culture d’avancer, que cette culture ne peut lutter contre le système qui l’étouffe.

« Je pensais que nous avions démontré notre volonté, notre capacité à nous engager. Beaucoup de groupes ont été dispersés du fait des difficultés, pas que le nôtre. J’ai fait le choix de poursuivre en solo tout en essayant de remonter des projets associant d’autres artistes, toujours pour dire que la musique est un pilier dans le secteur culturel pour contribuer au développement. Aujourd’hui, je vivote comme je peux grâce à l’artisanat, je n’ai pas de quoi financer un projet en tant que musicien ».

Et de poursuivre, saisissant l’opportunité de partager ressenti et vécu : « Là où on attend des encouragements, on trouve les portes fermées. Et on ne se sent pas représentés par ceux qui sont officiellement mandatés pour défendre la culture. Si je veux me battre pour moi-même, je peux trouver des solutions, mais si je veux me battre pour la cause, parler des réalités et les partager, je vais me retrouver dans de grandes difficultés. »

Sani Magori, aujourd’hui directeur du Centre national de la Cinématographie du Niger avait choisi Seydou Assoumane, alias Maimari Rasta, pour jouer le rôle-titre dans un de ses films.  L’artiste compte sur un nouveau projet de tournage qui raconterait la suite de l’histoire d’« Ainsi va la vie » pour revenir à l’écran.

En attendant, sans moyens, sans reconnaissance, il a opté pour faire une pause, mais il s’accroche à l’idée qu’il ne sera pas contraint d’abandonner. Il le prouve quand, encouragé par cette rencontre inespérée avec Music in Africa, Maimari Rasta publie en septembre 2018 certaines de ses vidéos. Tout un symbole, car pour cet artiste parmi d’autres qui vivent les mêmes réalités, tout se résume dans ce titre : « Douniyawouya » /la vie est difficile.

Et quand dans une autre chanson, Maimari Rasta sensibilise les familles au droit à l’éducation, c’est bien parce qu’il souhaite à tous et à son pays, comme au continent africain, « un meilleur lendemain ».

L’entretien s’achève sur un dernier constat sans appel de Maimari Rasta qui pourrait être repris comme critère d’évaluation dans certains programmes internationaux d’accompagnement des politiques culturelles au Niger : « tout est limité, même à travers les télévisions, les radios. Ce sont des artistes étrangers qui remplissent le stade de Niamey. Quel artiste nigérien est capable de remplir un stade, ici ou à l’étranger ? »

Suggestion Encadré

« J’ai fait le choix de me battre pour la cause et cette cause, au-delà de la question de la condition de l’artiste, de son statut dans la société, c’est celle du changement que peut apporter une véritable ambition culturelle face aux enjeux socio-économiques. »

Références :
http://www.tamtaminfo.com/arrete-du-ministere-de-la-culture-des-arts-et-des-loisirs/
Comité aides au secteur culturel, 2014
http://www.unesco.org/new/fr/culture/resources/report/the-unesco-world-report-on-cultural-diversity/
Flashback sur travail conduit par l’OIF
https://www.francophonie.org/IMG/pdf/2_Niamey.pd

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