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Pourquoi les musiciens congolais quittent leurs groupes ?

Walter Badibanga

By Walter Badibanga

07 Mar 2016 - 16:57

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Le phénomène n'est pas une exclusivité de la RDC, je crois qu’il en existe aussi dans d’autres pays africains. Les raisons sont diverses, mais ceux qui claquent la porte d’un orchestre partent souvent pour des raisons financières, certains évoquent un malentendu avec le patron du groupe, d’autres la liberté de faire une carrière solo. Qui dit vrai, qui dit faux ? Voici quelques raisons qui incitent les artistes à quitter leurs orchestres.

Fally Ipupa. Photo par Voice of Congo.

La rémunération pose problème

La rémunération est la première raison pour laquelle un musicien du Congo-Kinshasa quitte son groupe. En 2006, selon le site web Congo Vison, Ferre Gola, membre du Quartier Latin, a commencé à sécher les répétitions et des concerts, même quand l’orchestre était en tournée en Europe. Raison : Koffi Olomide le patron de Quartier Latin, n’a pas respecté le contrat, comprenez « Il n’a pas payé comme entendu dans notre accord ». Koffi Olomide rétorqua que Ferre a signé un contrat en bonne et dûe forme quand il a intégré le groupe, il a même tenté de porter plainte en France. C’est le même cas avec King Kester Emeneya qui déclara lors d’une interview quelques années avant sa disparition, qu’il quittait le groupe Viva La Musica pour n’avoir pas été rémunéré correctement par Papa Wemba après un concert à Kinshasa, semble-t-il Emeneya avait touché moins de 10% des recettes enregistrées. Selon Serge Makobo, ancien conseiller artistique et chargé de communication de King Kester Emeneya : « les orchestres ne proposent pas une bonne formule pour la rémunération des musiciens. Prenons, le cas d’un groupe constitué de plus de 20 artistes, comment un patron peut payer tous ces gens là ? ». Un artiste congolais n’a pas un contrat proprement dit, il est rémunéré par des primes et autres activités comme des concerts au pays ou à l’étranger. Cinardo Kivuila, Journaliste culturel constate un autre fait. « Pour garantir l’arrivée d’un nouveau musicien dans un groupe, le patron peut lui proposer un contrat spécial, qui ne sera peut-être pas respecté avec le temps ».

Les débauchages des musiciens

Parfois les patrons d’orchestres sont à l’origine des départs des musiciens. Le phénomène « débauchage » est d’actualité dans le milieu musical en RDC. Pour se sentir puissant par rapport à un autre, un « boss » d’un orchestre n’hésite pas à débaucher les musiciens. C’est le cas de défections de quatre musiciens de Cultur’A pays Vie de Félix Wazekwa : les chanteurs Jos Diena et Gabanna, Hono Kapanga, guitariste, et Gesac Tshipoy, l’animateur, tous ont déserté le groupe en 2007 pour intégrer Quartier Latin de Koffi Olomide. « Ce phénomène n’est pas récent, Franco Luambo Makiadi l’a également fait. Il voulait montrer simplement qu’il était puissant et au dessus de tous les patrons d’orchestres de cette période là » révèle Michel Ngongo, Ingénieur du Son et Enseignant à l’Institut National des Arts (INA). Franco Luambo Makiadi débaucha en 1980 Madilu System de l’orchestre Afrisa International de Rochereau Tabu Ley pour renforcer l’ossature de son Tout Puissant OK Jazz, cela créa des querelles sans fin entre les deux grandes Stars de la musique congolaise.

Les conflits créés par des personnes influentes de l’orchestre

On remarque également que certains proches du leader de l’orchestre sont la cause de démissions de musiciens. Ils peuvent facilement influencer le chef à renvoyer un artiste. Dans une interview parue chez Forum de As, un journal local et repris par Star du Congo, un site web d’informations générales, Djino Equalizer, ancien chanteur du groupe Wenge BCBG, attribue sa démission à Roger Ngandu, porte-parole de l’orchestre, qui a fait des fausses déclarations à JB Mpiana, patron du groupe, en l’accusant de demander de l’argent à un homme d’affaire angolais et cela n’a pas plu à Roger. Après ces accusations, Djino n’était plus en odeur de sainteté auprès du « boss » et a préféré quitter le groupe.

Faire carrière solo

Faire carrière solo est une autre raison pour laquelle un artiste part de l’orchestre. Cela se constate surtout chez les jeunes artistes. Les succès de Fally Ipupa et Ferré Gola, anciens sociétaires de Quartier Latin, qui ont réussi l’aventure en solo, incitent d’autres artistes à emboîter le pas. Héritier Watanabe, s’est lancé en solo en 2015, après 17 ans de carrière musicale dans l’orchestre Wenge Musica Maison Mère, il a été récupéré par David Monsoh, Directeur général du label Obuo Music et de la chaîne de télévision BBlack qui va produire 3 albums du jeune artiste. Le même producteur avait lancé Fally Ipupa pour son tout premier album Droit chemin. Bill Clinton Kalonji, Kabose, Céléo Scram, Fabregas, tous passés chez Werrason, ont crée leurs groupes. « Une chose est vraie, quand un musicien se sent capable de voler de ses propres ailes, il commence à fabriquer des raisons pour quitter le groupe » constate Michel Ngongo.  

A mon avis, les vagues de défections dans les groupes musicaux congolais prendront encore de l’ampleur, parce qu’actuellement tout jeune musicien de la RDC aspire à une carrière solo. Se sentant capable, il peut un jour ou l’autre quitter un orchestre et se lancer même avec des maigres moyens. Réseaux sociaux aidant, il peut s’attendre à recruter quelques fans.

 

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