Scène live et instabilité au Tchad
By Inhouse team
12 Fév 2018 - 09:04
- Par Allafi Amadou Nganansou
Les scènes live sont actuellement quasi-inexistantes dans les régions victimes d’instabilité au Tchad.
Globalement, tout le territoire tchadien souffre d’instabilité depuis l’indépendance. Les régions proches du Soudan et de la Libye sont victimes de conflits armés récurrents. Quant aux localités voisines de la République Centrafricaine, du Nigeria et du Cameroun, elles subissent des attaques de groupes terroristes.
Au Tchad, chaque attaque terroriste est suivie d’interdiction de rassemblement. De plus, les rares bars proposant des « showcases » sont soumis aux nombreux couvre-feux, ce qui ralentit considérablement les activités musicales et artistiques locales.
La scène live religieuse survit grâce à quelques rares concerts organisés pour des raisons caritatives.
Concerts sporadiques, parfois interdits
Le pouvoir est souvent le principal mécène qui finance les concerts en zone d’instabilité. Ces spectacles n’ont pas de périodicité fixe. Les autorisations sont accordées avec parcimonie, soutenir une fondation ou une action d’un proche du pouvoir est toujours un avantage.
En septembre 2017, DJ Casimir, un jeune rappeur, a pu organiser un concert semi-live à Bol dans la région du Lac-Tchad qui a subi des attentats[i]. Bol est une localité située à 160 km de la capitale dans une zone où les attaques de la secte Boko Haram ont radicalement changé le mode de vie des habitants.
Le concert avait un intérêt artistique et social car permettant d’accompagner les actions de la fondation Grand Cœur d’Hinda Déby Itno, la première Dame du Tchad, pour aider les démunis et autres victimes des attaques armées.
En revanche, quand le concert peut être accompagné d’actions de sensibilisation contre le pouvoir, les interdictions sont plus fréquentes[ii].
[video:https://www.youtube.com/watch?v=UUs2GuZMaCA width:850 height:480 autoplay:0]Attentats et régression de la scène live
En février 2017, juste après une nouvelle attaque de la secte Boko Haram les autorités administratives ont interdit tout attroupement et renforcé le couvre-feu. Ces interdictions sont fréquentes et la police n’hésite pas à placer en état d’arrestation toute personne bravant l’interdiction, c’est-à-dire faisant un « attroupement non armé » selon la terminologie juridique tchadienne.
Avant cette attaque, en dehors de la capitale, les populations participaient rarement à de grands événements, surtout à des concerts live, car ayant peur d’être pris pour cibles par des terroristes.
Même à N’djamena, les scènes live sont rares. En 2017 moins de cinq grands concerts ont eu lieu, un étant celui du groupe ivoirien Magic System en décembre, un autre ayant permis au public d’applaudir Toofan, le groupe togolais, en février.
Autres régions, autres menaces sur la scène musicale
Des régions comme le Mayo-Kébbi ne sont pas à priori perçues comme des lieux instables car non-victimes d’attaques terroristes. Mais les enlèvements y créent depuis dix ans[iii] une menace sécuritaire importante.
Cependant, des scènes d’expression musicale le plus souvent traditionnelle parviennent à rester actives, c’est le cas du Festival International des Arts et de la culture Massa[iv] dont la 6e édition a eu lieu en avril 2017.
Dans des régions telles que le Moyen Chari où l’on recense également de nombreuses attaques à main armée[v] les prestations musicales live ont plus souvent lieu dans des cadres ruraux, familiaux ou dans les caravanes musicales accompagnant les déplacements de personnalités politiques.
En fait, les menaces armées ont certes changé au Tchad, mais l’activité de la musique live a toujours été liée à la politique.
[video:https://www.youtube.com/watch?v=Wlrep1y16cw width:850 height:480 autoplay:0]La musique au service de la politique et ‘linfluence du Zaïre (R.D. Congo)
Au Tchad, depuis les années 80 la politique s’invite dans les opus. À l’époque, il était de bon ton d’afficher son soutien au président de la République communément appelé « camarade lionceau »
Pour accompagner cette vague de « politisation » de la chanson, le Zaïrois Moméné Mossengué, a été invité au Tchad.
Hissène Dombé et son mythique orchestre Chari-Jazz (fondé en 1964) sont un des groupes nés pendant cette période que l’on peut qualifier de seconde « congolisation » de la musique tchadienne.
La première période de forte influence du Zaïre d’alors sur la musique avait permis la naissance de plusieurs groupes dont l’orchestre archibaldien[vi] La première et la seconde vague de « congolisation » de la musique tchadienne n’ont pas influencé l’œuvre de tous les artistes.
Plusieurs groupes basés à Sarh, localité située à 550 km de la capitale N’djamena, ont manifesté leur opposition au courant musical dominant en enracinant plus les mélodies dans les rythmes riches et variés du folklore de leur terroir.
Influence religieuse dans la musique tchadienne
Profitant de la modernisation de la musique tchadienne qui s’était enrichie d’instruments à vent et de percussions modernes, les églises reformées et catholiques ont mis sur pied de véritables entreprises « religieuses » de formations de choristes et multiplié les évènements religieux.
Mais ces concerts chrétiens ont une audience et des retombées médiatiques limitées. Il s’agit plus souvent d’événements ciblant un public restreint et se déroulant dans le cadre privé d’une église ou d’un temple.
Conclusion
La scène de musique live est considérablement fragilisée dans les régions victimes d’instabilité au Tchad. Dans les zones frontalières avec le Nigeria, les scènes ont quasi-complètement disparu. Mais dans des régions telles que les deux Logones et le Moyen-Chari des scènes live résistent, tant bien que mal à l’insécurité, qu’il s’agisse de podiums itinérants accompagnant les politiques ou de festivals culturels.
Références
[i] http://www.jeuneafrique.com/mag/287936/politique/tchad-sest-adapte-face-a-menace-terroriste
[ii] http://tchadforum.over-blog.com/2017/11/tchad-concert-citoyen-interdit-l-heure-est-grave-declare-kemba-didah-alain-2e-porte-parole-du-mouvement-citoyen-iyina.html
[iii] http://www.tchadactuel.com/?p=3809
[iv] https://www.tchadpages.com/festival-tokna-massana-2017-a-bongor-grande-mobilisation-du-peuple-massa
[v] https://www.alwihdainfo.com/Tchad-Des-coupeurs-de-route-emportent-plusieurs-millions-de-Franc-CFA-a-Am-Timan_a52725.html
[vi] Archibaldien : habitant de Fort-Archambault, actuel Sarh
http://lepaystchad.com/index.php/societe/1465-l-assemblee-chretienne-au-tchad-ouvre-sa-67eme-chapelle-a-n-djamena
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